C’est une petite onde de choc dans le monde de la chimie et de l’environnement. Par un avis récent, la Commission d’enrichissement de la langue française a tranché : le sigle anglophone PFAS (perfluoroalkyl and polyfluoroalkyl substances) doit désormais s’effacer devant son équivalent français : GASP.
Attention : derrière ce qui pourrait ressembler à une simple querelle de linguistes se cache une obligation légale stricte pour tous les agents de la fonction publique.
Pourquoi ce changement ?
L’objectif est double : affirmer la souveraineté linguistique de la France dans les dossiers scientifiques et clarifier la nature chimique de ces composés. Le terme retenu, « substance à groupe aliphatique saturé perfluoré », bien que plus technique, décrit précisément la structure moléculaire de ces polluants.
Ce que dit la loi
En vertu du Décret n°96-602 du 3 juillet 1996, l’usage du terme GASP (ou de la forme développée) devient obligatoire dans :
- Les décrets, arrêtés et circulaires ministérielles.
- Toute correspondance émanant des services et établissements publics de l’État.
- Les contrats signés par des personnes morales de droit public.
Si le terme « PFAS » reste toléré dans le « langage professionnel » entre experts, il disparaît officiellement des documents administratifs. Alors si vous croisez des GASP au fil de vos lectures, ne cherchez pas : il s’agit de PFAS !
Mais que sont les GASP ?
La définition officielle est rigoureuse. Une substance est classée GASP lorsqu’elle comporte au moins un groupe méthylène perfluoré (−CF2−) ou un groupe méthyle perfluoré (−CF3−), à condition que ce groupe ne soit pas lié à un atome d’hydrogène, de chlore, de brome ou d’iode.
Caractéristiques et enjeux
La note accompagnant l’avis rappelle les propriétés exceptionnelles — et problématiques — de ces molécules :
- Propriétés : Hydrophobes, oléophobes, et d’une stabilité thermique hors norme.
- Persistance : Grâce aux liaisons carbone-fluor (parmi les plus solides de la chimie organique), elles ne se dégradent pratiquement pas.
- Impact : Nombre d’entre elles sont bioaccumulables et toxiques.
« Polluants éternels » : Un terme jugé impropre
Fait notable, la Commission écarte explicitement les expressions médiatiques comme « polluants éternels » ou « polluants persistants ». Bien que parlantes pour le grand public, elles sont jugées « impropres » d’un point de vue scientifique et administratif. L’État privilégie la précision chimique à l’image médiatique.
En résumé :
| Ancien usage (Anglais) | Nouvel usage officiel (Français) |
| PFAS | GASP |
| Perfluoroalkyl substances | Substance à groupe aliphatique saturé perfluoré |
| « Polluants éternels » | Terme jugé impropre |
Il reste maintenant à voir si le sigle GASP parviendra à s’imposer dans le débat public ou s’il restera confiné aux rapports administratifs, tandis que le reste du monde continuera de parler de « PFAS » (prononcé « péface »).







