Bars à ongles : un possible durcissement des règles de formation

Le secteur de la beauté est en pleine ébullition, mais derrière le succès fulgurant des « bars à ongles » se cache un débat juridique et sanitaire persistant. Un débat auquel le Gouvernement vient de prendre part à travers une réponse ministérielle publiée ce jour, 3 février 2026.

Le flou artistique : entre esthétique et prothésie

Depuis 2016, une distinction nette sépare deux activités que le grand public confond souvent :

  • La manucure et les soins : Réservés exclusivement aux titulaires d’un CAP, BP ou Bac Pro esthétique. Ils impliquent un travail sur la structure de l’ongle et de la peau.
  • La prothésie ongulaire : Pose de faux ongles (gel, capsules), façonnage de résine et décoration. Cette activité est actuellement exemptée d’obligation de diplôme d’État, car elle est considérée comme une prestation technique ne touchant pas directement au corps humain (mais se fixant sur l’ongle).

Un enjeu de santé publique pointé du doigt

Toutefois, la Direction générale de la santé souligne un paradoxe qu’elle juge dangereux : selon elle, même si la loi ne le reconnaît pas, la pratique reste risquée pour les raisons suivantes :

  • Produits chimiques : Manipulation de résines et de monomères pouvant provoquer des allergies sévères.
  • Risques infectieux : Une mauvaise hygiène lors du ponçage ou de la dépose peut entraîner des mycoses ou des inflammations.
  • Dangers pour les pros : Exposition prolongée aux poussières et aux émanations toxiques.

L’argument clé : « Le fait que les professionnels ne soient pas correctement formés pose un risque sanitaire majeur. »

La position du Gouvernement : un statu quo qui vacille

Dans sa réponse, le ministère rappelle le cadre de la loi du 5 juillet 1996. Jusqu’ici, tant que l’acte est purement « esthétique » et non « soignant », la liberté d’installation prévaut.

Cependant, deux éléments suggèrent que les lignes bougent (ou vont bouger !) :

1. L’incitation à la certification

Le Gouvernement encourage désormais vivement les praticiens à se tourner vers le Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP). Ce n’est plus seulement une question de talent artistique, mais de reconnaissance officielle des compétences techniques et sanitaires.

2. Une redéfinition du métier en cours

L’annonce la plus importante réside dans la conclusion de la réponse : les services de l’État ont engagé un travail de redéfinition du périmètre de l’esthétique. Ce chantier pourrait aboutir à une assimilation de la prothésie ongulaire aux « soins esthétiques », rendant de facto une formation qualifiante obligatoire.

Ce qu’il faut retenir

Pour l’heure, aucun diplôme n’est exigé pour ouvrir son salon de prothésie ongulaire, à condition de ne pas effectuer de manucure. Toutefois, face à la professionnalisation du secteur et aux risques sanitaires, l’étau se resserre. Pour les professionnels, anticiper en obtenant une certification RNCP semble être la stratégie la plus prudente avant une potentielle réforme législative.

Source : J.O. Questions Assemblée Nationale, 3 février 2026 ; Qu. 9781, p. 918.