Le secteur de la coiffure connaît une spécialisation croissante, notamment avec l’émergence de la socio-coiffure. Bien que cette profession réponde à des besoins croissants dans le secteur médico-social (EHPAD, hôpitaux, structures sociales), le Gouvernement vient de doucher les espoirs d’une reconnaissance statutaire via la création d’un code métier spécifique.
Une profession à la croisée des chemins
La socio-coiffure se distingue de la coiffure traditionnelle par :
- Un public spécifique : Personnes malades, handicapées ou en situation de précarité.
- Une qualification reconnue : Un titre RNCP de niveau 4 garantissant des compétences en psychologie, écoute et adaptation aux milieux médicalisés.
- Un rôle social : Participation à la dignité humaine et au mieux-être des résidents d’établissements de santé.
Mais malgré ces spécificités, le métier reste « invisible » dans les nomenclatures officielles, ce qui, selon le député Guillaume Lepers, freine son développement et sa lisibilité auprès des employeurs.
La fin de non-recevoir du Gouvernement
Dans sa réponse publiée en novembre 2025, le ministre du Travail et des Solidarités écarte la création d’un code spécifique dans la Nomenclature d’Activités Française de l’Artisanat (NAFA). Voici les trois arguments majeurs retenus :
| Argument | Explication |
| Poids économique | La socio-coiffure est jugée « minoritaire » en termes de chiffre d’affaires agrégé par rapport à l’ensemble de la coiffure hors salon. |
| Secret statistique | Un nombre trop faible d’unités rendrait les données confidentielles, empêchant toute exploitation statistique pertinente. |
| Coût de gestion | Un découpage trop fin des nomenclatures (NAF/NAFA) est jugé trop coûteux pour la collecte d’informations. |
Au final, la socio-coiffure se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale : elle est reconnue par un titre d’État (RNCP), mais dépourvue d’identité administrative propre pour ses activités en établissement. À ce jour, les socio-coiffeurs restent en effet rattachés au code APRM 96.21H-Y (Coiffure et activités de barbier hors salon).
L’impasse des Services à la Personne (SAP)
Le Gouvernement tente d’orienter la profession vers le cadre des Services à la Personne (SAP). Selon lui, la reconnaissance de la socio-coiffure pourrait s’inscrire en partie dans l’activité de soins d’esthétiques à domicile pour les personnes dépendantes, qui constitue une des 26 activités de services à la personne (SAP) listées à l’article D.7231-1 du code du travail. Cette activité serait ainsi éligible à des avantages fiscaux (crédit d’impôt de 50 %) et à des exonérations de cotisations sociales.
Mais le problème est que, si les soins esthétiques à domicile pour personnes dépendantes ouvrent effectivement droit à un crédit d’impôt de 50 %, seuls sont visées à ce titre les interventions élémentaires d’hygiène (lavage, séchage). Alors que les « prestations de coiffure » proprement dites (coupe, technique) sont quant à elles expressément exclues.
Une zone grise plutôt complexe et risquée pour les praticiens.
Référence :
- journal officiel questions écrites Assemblée Nationale du décembre 2025, Qu. n° 10.692, p. 10.687.







