Apiculteurs : l’Europe double la tolérance en résidus de Metalaxyl-m dans le miel et les autres produits de la ruche

Un nouveau règlement européen publié ce jour, 23 janvier 2026, augmente les limites maximales de résidus (LMR) pour plusieurs substances actives présentes dans nos assiettes, allant des fraises au maïs, en passant par l’avoine, certaines salades, les herbes aromatiques, mais aussi les produits de la ruche.

1. Les substances et produits concernés

Le texte détaille une liste précise de produits dont les seuils de tolérance ont été revus :

  • Acéquinocyl : Modification des seuils pour les fraises.
  • Chlorméquat : Ajustement pour l’avoine.
  • Pyraclostrobine : Modification pour le maïs doux.
  • Sulfoxaflor : Une large gamme de légumes feuilles et d’herbes aromatiques est touchée (mâche, roquette, basilic, romarin, etc.).
  • Trifloxystrobine : Révision pour les olives, le céleri, les poireaux, les infusions et les graines de lin importées.

2. Miel et autres produits de la ruche

L’annonce la plus marquante pour les producteurs de miel concerne le métalaxyl-M. Alors que, jusqu’à présent, le seuil de détection et de tolérance pour ce fongicide dans les produits de la ruche était fixé à 0,05 mg/kg, le nouveau règlement entérine le doublement de cette limite, la portant désormais à 0,1 mg/kg.

Ce nouveau taux entrera en vigueur le 15 février prochain.

Cette décision fait suite à une demande d’ajustement des seuils de résidus, examinée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Les rapports d’évaluation ont conclu que ce nouveau niveau de 0,1 mg/kg ne présentait pas de risque inacceptable pour le consommateur humain. En conséquence, la Commission européenne a validé l’augmentation afin d’harmoniser les normes avec les réalités des traitements agricoles actuels.

Les enjeux pour la filière

Le métalaxyl-M est un fongicide systémique largement utilisé pour lutter contre le mildiou. Sa présence dans le miel est le résultat direct du butinage sur des cultures traitées, la substance circulant dans la plante jusqu’au nectar et au pollen.

Pour les apiculteurs, ce changement réglementaire comporte deux lectures :

  • Sur le plan commercial : Des lots de miel qui auraient pu être déclarés non conformes avec l’ancien seuil de 0,05 mg/kg seront désormais légalement commercialisables.
  • Sur le plan environnemental : Ce relèvement témoigne d’une présence de plus en plus marquée de ce fongicide dans l’environnement des abeilles. Il souligne la difficulté de maintenir la pureté originelle des produits de la ruche face à la pression phytosanitaire des grandes cultures.

Attention également au Sulfoxaflor, la menace fantôme sur les pollinisateurs

Comme indiqué plus haut, le règlement augmente également les limites pour le sulfoxaflor sur de nombreuses cultures (mâche, roquette, herbes aromatiques).

Bien que la France ait historiquement pris des positions fermes contre cette substance — souvent qualifiée de néonicotinoïde de nouvelle génération pour ses effets neurotoxiques sur les abeilles — l’harmonisation européenne des seuils de résidus facilite la circulation de produits traités. Cela pose deux problèmes majeurs :

  • L’exposition environnementale : Plus les cultures traitées sont nombreuses, plus le risque de pression toxique sur les colonies locales d’abeilles augmente.
  • La concurrence : Les apiculteurs français, soumis à des normes environnementales strictes, voient arriver sur le marché européen des produits dont les résidus sont désormais légalement validés à l’échelle de l’UE.

Enfin, pour compléter ce noir tableau, notons également que la pyraclostrobine et la trifloxystrobine, dont les LMR sont aussi augmentés, sont des fongicides également suspectés par de nombreuses études scientifiques d’affaiblir le système immunitaire des abeilles et de les rendre plus vulnérables aux parasites comme le Varroa.

Texte officiel :