Face à l’érosion du pouvoir d’achat et à l’exclusion des accords Ségur, les pilotes d’hélicoptères hospitaliers espéraient un geste fort du Gouvernement. Dans une réponse ministérielle publiée cette semaine, le ministère de la Santé clarifie sa position : le dialogue social reste l’affaire des employeurs privés, malgré une augmentation globale des budgets alloués aux bases.
Un maillon essentiel sous haute tension
Le transport sanitaire héliporté (HéliSMUR) est devenu le pivot de l’urgence en France. Avec 55 bases réparties sur le territoire, il garantit un accès aux soins critiques en moins de 30 minutes, même dans les zones les plus enclavées.
Pourtant, derrière ces missions vitales, la grogne monte. Interpellé par un sénateur à ce sujet, le Gouvernement a dû répondre à une réalité sociale préoccupante :
- Des rythmes de travail épuisants : Services de 12 heures sur 7 jours consécutifs.
- Une exclusion du « Ségur de la santé » : Bien qu’opérant pour l’hôpital public, ces pilotes n’ont pas touché les primes de revalorisation.
- Une inflation non compensée : Une perte de pouvoir d’achat qui fragilise le recrutement et la fidélisation des équipages.
La réponse de l’État : « Les pilotes ne sont pas des agents publics »
La réponse du ministère de la Santé est sans équivoque sur la forme juridique : les pilotes ne sont pas des agents publics.
Contrairement aux pilotes de la Sécurité Civile ou de la Gendarmerie, les pilotes de SAMU sont salariés d’opérateurs privés auxquels les hôpitaux font appel via des marchés publics.
« Il n’appartient dès lors pas au Gouvernement de s’immiscer dans les relations contractuelles entre ces personnels et leurs employeurs », tranche le ministère.
Pour l’exécutif, la balle est dans le camp des entreprises privées et du dialogue social interne, tout en rappelant qu’un accord aurait été trouvé récemment entre les pilotes et leurs employeurs pour apaiser les tensions.
Une bouffée d’oxygène financière pour les bases
Si l’État refuse d’intervenir directement sur les fiches de paie, il souligne néanmoins un effort budgétaire indirect. Depuis 2023, le budget dédié aux HéliSMUR a été « très sensiblement augmenté ».
Cette hausse vise à couvrir trois piliers majeurs :
- L’explosion des coûts opérationnels : Kérosène, maintenance et pièces détachées.
- La conformité réglementaire : Les nouvelles normes européennes imposent des investissements lourds en équipements et en formation.
- La commande publique : Le ministère rappelle que les hôpitaux imposent désormais le respect strict de la convention collective nationale dans leurs cahiers des charges.
Un équilibre fragile
Malgré ces précisions, le sentiment d’amertume pourrait persister chez les professionnels du ciel. En déléguant la responsabilité salariale aux opérateurs privés tout en finançant les structures, l’État maintient un système à deux vitesses entre les soignants (revalorisés par le Ségur) et les techniciens qui permettent à ces soins de décoller.
À l’heure où le recrutement de pilotes qualifiés devient un enjeu européen, la question de l’attractivité du métier de pilote de SAMU reste plus que jamais ouverte.
- Source : Réponse ministérielle ; J.O. Questions écrites Sénat du 29 janvier 2026, p. 479.







