Alors que les compagnies d’assurance se retirent massivement du secteur de la transformation du bois, le Gouvernement prend la mesure du risque de paralysie pour la filière. Entre concertation ministérielle et intégration au Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), l’heure est à la contre-attaque pour garantir la survie des scieries françaises.
Le constat est alarmant : les scieries, piliers de la souveraineté industrielle verte, sont victimes d’un phénomène de « zone rouge » assurantielle. Ce désengagement des assureurs ne menace pas seulement l’exploitation quotidienne, mais bloque toute velléité d’investissement, les banques exigeant systématiquement une couverture multirisques pour débloquer des prêts.
Une réponse interministérielle pour briser l’impasse
Face à cette situation, l’État ne se contente plus d’un simple constat. Dans une réponse ministérielle publiée hier, 10 février 2026, il révèle une mobilisation conjointe de deux ministères clés :
- Le Ministère de la Transition Écologique : Il place désormais l’assurabilité des scieries au cœur de la stratégie environnementale nationale via la mesure 38 du PNACC-3, visant à assurer la résilience de la filière de l’amont à l’aval.
- Le Ministère de l’Économie : Ses services pilotent une concertation directe avec les organisations professionnelles et les acteurs de l’assurance pour « objectiver » la sinistralité et forcer un dialogue technique plutôt qu’une exclusion statistique.
Comprendre le blocage pour mieux le lever
L’État identifie deux leviers majeurs pour inverser la tendance : la segmentation des risques et la prévention normalisée. L’enjeu est de ne plus traiter la « transformation du bois » comme un bloc homogène et risqué, mais de distinguer les activités et les bons élèves.
Les trois piliers de l’action gouvernementale
Pour restaurer la confiance des assureurs, la stratégie publique s’articule autour de trois axes prioritaires :
- La transparence des données : Identifier précisément quelles activités souffrent du manque de couverture pour éviter les amalgames entre l’artisanat et l’industrie lourde.
- Le consensus sur la prévention : Définir, avec les experts et les assureurs, un socle de mesures de protection (systèmes d’extinction automatique, gestion des poussières, isolation des stocks) qui, une fois appliquées, rendront le risque « acceptable ».
- La sécurisation financière : Créer un cadre offrant une visibilité suffisante aux chefs d’entreprise pour qu’ils puissent s’engager sur des plans d’investissement à 10 ou 15 ans.
Un enjeu de souveraineté
La ministre est claire : le développement de la filière bois est « indispensable à l’atteinte de nos objectifs environnementaux ». Si les scieries françaises ne peuvent plus s’assurer, elles ne peuvent plus se moderniser, laissant ainsi le champ libre aux importations étrangères. La mobilisation de l’État est donc autant écologique qu’économique.
Mais il n’empêche que, pour l’heure, le temps de l’administration n’est pas celui des entreprises. Sur le terrain, les chefs d’entreprise et les organisations professionnelles ne cachent pas leur impatience. Entre les diagnostics de sinistralité et la mise en œuvre du PNACC-3, les échéances de renouvellement de contrats tombent chaque mois, laissant parfois des scieries sans aucune solution immédiate. Pour les scieurs, la « résilience » ne peut plus être un concept de plan national ; elle doit devenir une réalité contractuelle avant que les carnets de commandes ne soient définitivement raflés par la concurrence internationale.
Source : J.O. Questions Assemblée Nationale du 10 février 2026 ; p. 1166.







