Création et enseignement de la musique : voici le nouveau paysage des diplômes et certifications (DNSPM, DE et CA)

Le paysage de l’enseignement et de la création musicale en France achève sa mue. Après le décret d’août 2025 (voir notre article), une nouvelle étape décisive est franchie aujourd’hui avec la parution d’un arrêté (J.O. du 30 janvier 2026), qui définit en profondeur les référentiels du Diplôme National Supérieur Professionnel de Musicien (DNSPM), du Diplôme d’État (DE) de professeur de musique et du Certificat d’Aptitude (CA) à cette fonction.

1. Le DNSPM (créateur de musique)

Entre héritage historique et nouvelles formes d’expression numérique, le « créateur de musique » d’aujourd’hui occupe une place centrale, protégée par un cadre juridique strict.

1. Définition et périmètre du métier

Le métier de créateur repose sur l’acte fondateur de faire naître une œuvre ou d’enrichir une œuvre existante par un apport personnel. Historiquement centré sur la triade composition, arrangement et orchestration, le champ d’action s’est considérablement élargi.

  • Le Compositeur : Conçoit et réalise l’œuvre. Il jongle désormais entre les instruments traditionnels, les voix, les banques de sons et les dispositifs informatiques ou électro-acoustiques.
  • L’Arrangeur et l’Orchestrateur : Opèrent une « recréation ». L’orchestrateur adapte l’œuvre à de nouvelles nomenclatures instrumentales, tandis que l’arrangeur la retravaille pour une application spécifique.
  • Nouveaux horizons : On assiste à une hybridation vers le design sonore, la musique à l’image, les installations artistiques et la performance.

Compétences clés : Au-delà du talent créatif, le métier exige une culture musicale approfondie, une maîtrise technique de l’écriture et une forte capacité d’adaptation aux commandes, souvent dans des délais contraints.

2. Environnement de travail et secteurs d’activité

Si le domicile et le studio restent le cœur de l’activité « à la table », la mobilité est la règle. Les créateurs interviennent dans des lieux variés : studios d’enregistrement, plateaux TV, théâtres ou scènes internationales.

Le volume d’activité est aujourd’hui porté par des secteurs en pleine expansion :

  • Musiques d’application : Cinéma, publicité, jeux vidéo, sites web.
  • Arts transversaux : Danse, cirque, arts plastiques et numériques.
  • Spectacle vivant : Créations pour le théâtre ou le concert.

3. Le cadre juridique : La protection du Droit d’Auteur

En France, le Code de la propriété intellectuelle (CPI) définit une double protection pour l’auteur, une spécificité forte par rapport au modèle anglo-saxon.

  • Le Droit Moral (Inaliénable et perpétuel)

Il lie l’auteur à son œuvre de façon indéfectible à travers quatre piliers :

  1. Divulgation : Seul l’auteur décide quand livrer son œuvre au public.
  2. Paternité : Droit au respect du nom et de la filiation.
  3. Respect de l’œuvre : Opposition à toute dénaturation de l’esprit de l’œuvre.
  4. Repentir : Possibilité de retirer l’œuvre du circuit commercial.
  • Les Droits Patrimoniaux (Cessibles et économiques)

Ils permettent au créateur de tirer un bénéfice financier de son travail via :

  • Le droit de reproduction : Autorisation de fixer l’œuvre sur un support.
  • Le droit de représentation : Autorisation de l’exécution publique.

4. Réalité économique et statutaire

Le créateur musical est majoritairement un travailleur indépendant (souvent rattaché à l’AGESSA pour la protection sociale). Ses revenus sont de deux types :

  • Rémunération directe : Commandes, honoraires ou pourcentage sur les recettes.
  • Rémunération indirecte : Gestion collective (SACEM, SACD) via la copie privée ou les barèmes de diffusion (radio, TV).

5. Place dans l’organisation professionnelle

Le créateur n’évolue pas en vase clos. Sa carrière s’appuie sur des partenaires stratégiques :

  • L’Éditeur musical : Il est le moteur du développement de carrière. Il assure la promotion, la visibilité et la gestion du « matériel d’orchestre ».
  • Les Résidences : Proposées par des conservatoires ou des orchestres, elles offrent un cadre sécurisé pour l’écriture et favorisent le lien avec les interprètes et le public (médiation).
  • La Collaboration : L’interaction avec les interprètes et les directeurs artistiques est permanente, le créateur devant souvent répondre à un cahier des charges précis tout en conservant son identité artistique.

6. Blocs de compétences transversales (de niveau 6)

1. Maîtrise des outils et de l’information

  • Numérique (Bloc 1) : Capacité à utiliser les outils technologiques pour produire, traiter et diffuser de l’information de manière sécurisée.
  • Analyse de données (Bloc 2) : Aptitude à sourcer, synthétiser et exploiter des ressources documentaires avec un esprit critique pour soutenir une argumentation.

2. Communication et Soft Skills

  • Langages (Bloc 3) : Maîtrise de l’expression écrite et orale en français, ainsi qu’une aisance de communication dans au moins une langue étrangère.

3. Éthique et Engagement Professionnel

  • Posture professionnelle (Bloc 4) : Intégration des principes de déontologie, d’éthique et de responsabilité environnementale dans sa pratique.
  • Responsabilité organisationnelle (Bloc 5) : Capacité à travailler en équipe, à s’auto-évaluer pour progresser et à prendre des initiatives autonomes au sein d’un réseau ou d’une structure.

Modalités d’évaluation communes

Pour l’ensemble de ces blocs, la réforme laisse une liberté de mise en œuvre aux établissements accrédités. Les évaluations peuvent prendre la forme de rendus de travaux, de mises en situation ou de présentations de projets, tout en étant adaptables selon le parcours du candidat (formation initiale, continue ou VAE).

7. Blocs de compétences « musicien-interprète »

Voici la synthèse des activités et des compétences requises :

1. L’expertise artistique et technique (Préparation)

Le musicien ne se contente pas de jouer ; il est un créateur et un technicien hors pair.

  • Création : Maîtrise des langages musicaux (harmonie, rythme) pour improviser, arranger ou composer de manière pertinente.
  • Technique instrumentale : Maîtrise d’une technique de « haut niveau », connaissance parfaite de la facture de son instrument et utilisation des outils informatiques (édition de partitions, MAO).
  • Élaboration de projet : Capacité à s’intégrer dans un collectif, à argumenter des choix artistiques et à adapter son jeu aux exigences d’un chef ou d’un metteur en scène.

2. La prestation publique (Scène)

Le musicien doit transformer sa technique en une expérience sensorielle pour le public.

  • Intelligence scénique : Gestion du stress (trac), préparation physique et mentale, et maîtrise des codes de représentation (entrée/sortie de scène).
  • Expression : Devenir le vecteur d’une intention artistique forte, avec une justesse et une conviction constantes.
  • Environnement technique & juridique : Savoir collaborer avec la régie (son, lumière, balances) tout en respectant strictement le cadre du droit d’auteur et les règles de sécurité.

3. L’enregistrement (Studio)

La situation de studio impose une rigueur et une gestion du temps spécifiques.

  • Adaptation technique : Comprendre les contraintes de la prise de son, savoir dialoguer avec l’ingénieur du son et le directeur artistique.
  • Endurance : Gérer son énergie et sa concentration sur la durée, souvent longue, d’une session d’enregistrement.
  • Perfectionnement : Chercher la perfection technique sans sacrifier l’authenticité et l’émotion artistique du projet.

Modalités d’évaluation

L’évaluation se fait principalement par Contrôle Continu (EC) et Épreuves Terminales (ET) :

  • Pratique : Auditions, concerts en ensemble (petits et grands), et mises en situation réelle d’enregistrement.
  • Théorique : Questionnaires écrits pour valider la compréhension du cadre juridique (droits voisins, sécurité, réglementation du travail).

2. Le Diplôme d’État (DE)

Le Diplôme d’État de professeur de musique (DE) constitue la référence pour l’enseignement des pratiques musicales au cœur des territoires. Ce diplôme de niveau 6 (licence) garantit une autonomie pédagogique et une capacité à mener les élèves vers une pratique autonome et citoyenne.

1. Missions : Accompagner de l’éveil au 3ème cycle

Le professeur diplômé d’État est le garant de la progression des élèves dans le cadre du Schéma national d’orientation pédagogique.

  • Enseignement : Il assure les phases d’éveil, d’initiation et l’apprentissage spécialisé jusqu’au Certificat d’Études Musicales (CEM).
  • Accompagnement des amateurs : Il joue un rôle de conseil pour les projets personnels des élèves, favorisant l’émergence d’une pratique amateur durable.
  • Rayonnement local : Il est un acteur de la vie culturelle, initiant des projets de diffusion et collaborant avec d’autres disciplines (cinéma, patrimoine, spectacle vivant).

2. Cadre d’emploi et structures

Le titulaire du DE exerce principalement dans deux types de structures :

  • Collectivités territoriales : Au sein des conservatoires classés (CRR, CRD, CRC/CRI).
  • Secteur associatif et privé : Écoles de musique et structures culturelles variées.

Le statut territorial : Le DE (au même titre que le DUMI) est le sésame pour accéder au concours externe d’Assistant Territorial d’Enseignement Artistique Principal (ATEAP) de 2ème classe.

3. Organisation du travail : Enseignement et Service Public

L’exercice du métier de professeur « DE » dans le secteur public répond à des normes précises :

  • Temps de travail : Le temps d’enseignement hebdomadaire est fixé à 20 heures.
  • Autonomie : Sous l’autorité du directeur, l’enseignant gère l’organisation de ses cours, le choix des répertoires et la logistique des représentations de ses élèves (lien avec les techniciens, gestion des projets).
  • Évolution : Un assistant territorial (titulaire du DE) peut, par la formation et les concours, évoluer vers le grade de Professeur Territorial (titulaire du CA).

4. Les 5 Blocs de Compétences Transversales (Socle Commun)

Ces blocs valident le niveau académique (Licence/Niveau 6) et l’adaptabilité professionnelle :

  • Numérique : Maîtrise des outils de production, de diffusion et de sécurité informatique.
  • Analyse de données : Capacité à documenter un sujet, à synthétiser des ressources et à argumenter avec esprit critique.
  • Communication : Maîtrise parfaite du français (écrit/oral) et aisance dans au moins une langue étrangère.
  • Identité professionnelle : Savoir valoriser ses compétences et comprendre les circuits de production/diffusion des savoirs.
  • Responsabilité : Aptitude au travail en équipe, respect de l’éthique environnementale et capacité d’auto-évaluation.

6. Les 4 Blocs de Compétences Spécifiques (Cœur de Métier)

Ils définissent les missions quotidiennes du professeur :

  1. Concevoir : Créer et piloter un projet pédagogique musical.
  2. Transmettre : Organiser sa réflexion et enseigner efficacement.
  3. Évaluer : Savoir situer le niveau de l’élève et l’orienter dans son cursus.
  4. Rayonner : S’impliquer dans le projet global de l’établissement et du territoire.

7. Blocs Optionnels et Spécialisations

Certaines disciplines (Formation musicale, Direction d’ensembles, Accompagnement) intègrent des blocs de savoirs spécifiques pour répondre aux particularités techniques de ces fonctions.

8. Modalités et Critères d’Évaluation

La certification repose sur un équilibre entre le suivi de terrain et l’examen final :

  • Évaluation Continue (EC) : Assurée par l’établissement formateur.
  • Évaluation Terminale (ET) : Devant un jury incluant des experts extérieurs.
  • Formats d’épreuves : * Pratiques : Mises en situation pédagogique et artistique, réalisations de projets.
    • Écrites/Orales : Dossiers, mémoires, commentaires d’écoute, analyses et entretiens de réflexion critique.

9. Disciplines et certification

Le référentiel de compétences est structuré en blocs transversaux et spécifiques, couvrant un large éventail de domaines :

  • Instruments et Voix : Classique, musique ancienne, jazz, musiques traditionnelles, musiques actuelles.
  • Transversalité : Formation musicale, accompagnement (musique et danse), direction d’ensembles.
  • Création : Écriture, culture musicale, composition électroacoustique et improvisation.

10. L’obtention par la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience)

L’arrêté de 2026 précise les modalités pour les professionnels souhaitant faire reconnaître leur expérience :

  • Dossier : Preuve du niveau de pratique artistique et pédagogique (concerts, enregistrements, projets pédagogiques).
  • Entretien (45 min) : Vérification des connaissances et capacité d’analyse critique du parcours.
  • Mise en situation professionnelle : * Pédagogique : Un cours de 45 minutes (travail individuel et collectif) pour évaluer la relation à l’élève et l’exigence artistique.
  • Artistique : Selon la discipline, interprétation, lecture à vue ou direction d’ensemble.

3. Le Certificat d’Aptitude (CA)

Le professeur détenteur du Certificat d’Aptitude (CA) ne se contente pas de transmettre un savoir technique. C’est un artiste-enseignant confirmé dont la mission s’étend de l’éveil à la formation pré-professionnelle, tout en jouant un rôle de coordination stratégique au sein des territoires.

1. Définition et missions : Un rôle multidimensionnel

L’enseignement du professeur titulaire du CA repose sur un trépied : un parcours artistique attesté, une maîtrise des référents culturels et une solide expérience professionnelle.

Ses missions principales incluent :

  • La transmission fondamentale : Apporter aux élèves et étudiants les outils nécessaires à une pratique autonome.
  • L’ingénierie pédagogique : Définir des orientations globales, structurer des parcours professionnalisants et accompagner des projets personnels.
  • Le conseil et l’ouverture : Accompagner les amateurs (enfants et adultes) et piloter des parcours d’Éducation Artistique et Culturelle (EAC) en lien avec les réseaux territoriaux.
  • La recherche et l’évolution : Il est tenu de reconsidérer en permanence ses pratiques par la formation continue et une démarche de recherche personnelle.

2. Diversité des structures d’exercice

Le titulaire du CA est une figure clé des établissements classés par l’État et des structures de l’enseignement supérieur :

  • Conservatoires classés (CRR, CRD, CRC/CRI) : Il y encadre notamment les cycles préparatoires au diplôme national et à l’enseignement supérieur.
  • Enseignement Supérieur : CNSM, pôles supérieurs, centres de formation ou structures privées habilitées.
  • Ministères : Éducation nationale ou Enseignement supérieur (professeur associé ou invité).
  • Secteur associatif et privé : Écoles de musique et structures culturelles diverses.

3. Emplois et Statuts

Le métier offre une grande flexibilité statutaire, permettant au professeur de naviguer entre le service public et le secteur privé :

StatutMode de recrutement / Fonctions
Fonction publique territorialeAccès au cadre d’emploi des « Professeurs territoriaux d’enseignement artistique » (catégorie A) via le concours externe dont le CA est le prérequis.
Contractuel / Salarié du privéRecrutement sur titres, diplômes et renommée.
Encadrement & DirectionPossibilité de diriger un conservatoire (CRC/CRI) ou d’être adjoint de direction (CRD/CRR).
IndépendantTravailleur indépendant ou gérant d’entreprise.

4. Organisation du travail et autonomie

Le rythme de travail suit généralement le calendrier scolaire ou universitaire.

  • Dans la fonction publique territoriale : Le temps d’enseignement hebdomadaire de référence est de 16 heures.
  • Autonomie : Le professeur dispose d’une latitude importante pour organiser les prestations de ses élèves, coordonner des projets ou animer une équipe pédagogique (chef de département).

5. Une expertise reconnue dans de nombreuses disciplines

Le CA couvre un spectre très large d’esthétiques, garantissant la diversité de l’offre d’enseignement :

  • Classique à contemporain, musique ancienne, jazz, musiques actuelles amplifiées et traditionnelles.
  • Disciplines transversales : Formation musicale, écriture, culture musicale, accompagnement.
  • Direction et Création : Direction d’ensembles, composition électroacoustique, musique mixte.

6. L’obtention par la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience)

L’arrêté de 2026 précise les modalités pour les professionnels souhaitant faire reconnaître leur expérience :

  • Dossier : Preuve du niveau de pratique artistique et pédagogique (concerts, enregistrements, projets pédagogiques).
  • Entretien (45 min) : Vérification des connaissances et capacité d’analyse critique du parcours.
  • Mise en situation professionnelle : * Pédagogique : Un cours de 45 minutes à 1 heure (travail individuel et collectif) pour évaluer la relation à l’élève et l’exigence artistique.

Texte officiel :