Paru au Journal officiel de ce jour [22 février 2026], un nouveau répertoire de la Commission d’enrichissement de la langue française vient fixer les termes de l’aménagement urbain durable. Entre « arbres de pluie » et « trames de silence », « trames vertes » ou « trames brunes », voici un tour d’horizon d’un vocabulaire qui dessine les contours de nos futures cités.
Rappel : L’adoption d’une terminologie officielle par la Commission d’enrichissement de la langue française (CELF) marque une étape décisive. Au-delà de la simple traduction de terme étrangers, ces définitions stabilisent des concepts techniques majeurs. En vertu du décret du 3 juillet 1996, ce lexique devient l’unique norme rédactionnelle pour l’action publique.
A noter par ailleurs que ce corpus de termes ne se contente pas de « nommer » la nature en ville ; il « définit » également les outils de sa mise en œuvre opérationnelle. Voici une analyse détaillée des quatre piliers de cette réforme lexicale :
1. La gestion de l’eau : De l’évacuation à l’infiltration
L’urbanisme moderne rompt avec le « tout-à-l’égout » pour privilégier la nature comme éponge.
- L’Arbre de pluie : Plus qu’une simple plantation, c’est un ouvrage de génie civil végétalisé. La définition insiste sur le dispositif de collecte des eaux de ruissellement, transformant l’arbre en outil de gestion hydraulique.
- Le Descellement des sols : Le terme remplace avantageusement « débitumage ». Il implique une dimension écologique : on ne se contente pas de retirer l’enrobé, on restructure les couches superficielles pour restaurer les fonctions biologiques du sol.
2. La lutte contre la précarité thermique : Îlots et Refuges
Le vocabulaire précise la stratégie de résilience face aux canicules, distinguant l’aménagement spatial de la protection des personnes.
- L’Îlot de fraîcheur (IFU) : Il est défini par sa conception (choix des matériaux, présence d’eau, ombrage) permettant d’obtenir une température inférieure à l’environnement urbain. La microforêt urbaine en est l’un des vecteurs privilégiés.
- L’Abri climatique : C’est la réponse sécuritaire. Contrairement à l’îlot de fraîcheur qui est une caractéristique spatiale, l’abri est une destination de mise en sécurité pour les populations vulnérables lors de phénomènes extrêmes.
3. La planification par les « Trames » : Un spectre complet
La biodiversité urbaine n’est plus vue comme des points isolés, mais comme des réseaux interconnectés (corridors). Le JO consacre désormais cinq types de continuités :
- Trame Verte : Milieux terrestres.
- Trame Bleue : Milieux aquatiques et zones humides.
- Trame Verte et Bleue (TVB) : L’ensemble cohérent devant figurer dans les documents de planification (SCoT, PLU).
- Trame Brune : La grande nouveauté. Elle concerne la continuité des sols (vie souterraine), essentielle pour le cycle des nutriments et la survie des essences plantées en surface.
- Trame de Silence (ou Blanche) : Une approche sensorielle de l’urbanisme visant à préserver des zones de quiétude acoustique pour la faune et les citadins.
4. Les indicateurs et la méthode : Vers l’agriurbanisme
Le texte sécurise les concepts utilisés dans les calculs réglementaires :
- Le Coefficient de biotope par surface (CBS) : Ce terme devient le standard pour désigner la proportion de surfaces non imperméabilisées. Il sert de levier juridique : un seuil minimal peut désormais être exigé pour l’obtention d’un permis de construire.
- L’Aménité : Ce terme sort du champ littéraire pour entrer dans le langage professionnel. Il qualifie tout ce qui rend un territoire attractif (espaces verts, commerces, patrimoine).
- L’Agriurbanisme : Il définit une nouvelle pratique où l’agriculture n’est plus une réserve foncière en attente de construction, mais le moteur même du projet urbain, notamment en zone périurbaine.
Le cadre juridique : Une obligation immédiate
Il est à noter que l’usage de ces termes est obligatoire (Art. 11 du Décret n°96-602).
Quelles conséquences ? L’utilisation de termes anglo-saxons (Nature-based solutions, Green infrastructure) ou de néologismes non officiels dans un marché public ou un arrêté municipal constitue désormais une méconnaissance des règles d’enrichissement de la langue française. Pour les services de l’État et les établissements publics, la mise à jour des modèles de documents est impérative pour garantir la précision juridique des actes.
Texte officiel :
Le nouveau lexique complet :








