Restauration : faut-il en finir avec l’avantage en nature repas obligatoire ?

Manger ou payer : tel est le dilemme imposé à bon nombre de salariés de la restauration… Derrière ce qui ressemble à un avantage social historique — à savoir l’obligation pour l’employeur de fournir le repas à ses salariés — se cache une réalité comptable parfois amère : pour ceux qui choisissent de ne pas consommer leur repas, la note reste la même sur la fiche de paie. Résultat : une perte financière de 100 à 200 euros par mois !

Une règle qui suscite souvent l’incompréhension des salariés du secteur HCR (Hôtels, Cafés, Restaurants), mais qui n’émeut pas plus que cela le ministère du travail.

Le principe : Une obligation de nourriture spécifique

Alors que, pour l’ensemble des salariés, aucun texte légal ou réglementaire ne prévoit l’obligation pour l’employeur d’attribuer des avantages en nature, le secteur des Hôtels, Cafés, Restaurants, fait exception dans ce domaine. En effet, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la réglementation impose aux employeurs de ce secteur de nourrir l’ensemble de leur personnel ou, à défaut, de leur verser une indemnité compensatrice pour les repas non fournis (Arrêté Croizat du 22 février 1946, modifié par l’arrêté Parodi du 1er février 1947).

Sauf que, de jurisprudence constante, il est considéré que le salarié qui, pour des raisons personnelles, ne prend pas le repas fourni gratuitement par l’employeur, ne peut prétendre à une compensation (Cour de cassation, Chambre sociale, du 16 février 1994, 90-46.077, publié au bulletin ou Cour de cassation, Chambre sociale, du 18 mai 1999, 98-40.201 98-40.202, publié au bulletin).

C’est là où réside le plus souvent l’incompréhension des salariés : l’indemnité n’est due que si c’est l’employeur qui ne fournit pas le repas, non si c’est le salarié qui le refuse pour convenances personnelles.

L’impact sur la fiche de paie

En d’autres termes, que le salarié prenne son repas ou pas, il verra dans tous les cas apparaître un avantage en nature sur son bulletin de paye. Or ce mécanisme n’est pas sans conséquences financières pour lui puisque, cet avantage en nature étant lui-même ajouté au salaire brut et inclus dans le net imposable, le salarié supporte ainsi un supplément de cotisations sociales, de CSG/CRDS et d’impôt sur le revenu au titre d’un repas qu’il n’a pourtant pas pris.

Cela peut représenter une perte de pouvoir d’achat pouvant aller jusqu’à 200 euros par mois par rapport à une situation où il percevrait l’indemnité compensatrice.

Une évolution législative exclue par le Gouvernement

Face à la demande d’un député de modifier la loi pour laisser le choix au salarié, la réponse du ministère du Travail et des Solidarités est sans équivoque : c’est non !

Le ministère justifie cette position par la nature même de l’avantage : il couvre une dépense que le salarié aurait de toute façon dû engager. De plus, il compare cette situation au logement de fonction : on ne peut en effet réclamer une indemnité logement si l’on choisit de vivre dans sa propre maison alors qu’un logement gratuit est mis à disposition.

La porte reste néanmoins ouverte au dialogue social

Si l’État refuse de modifier la loi, il renvoie la balle aux partenaires sociaux. Le ministère précise que rien n’empêche les syndicats et les organisations patronales de négocier, par voie d’accord collectif, des conditions plus favorables ou une flexibilité accrue dans le choix du mode d’indemnisation des repas.

En résumé

Tant qu’un nouvel accord de branche n’est pas signé, l’employeur reste le seul maître du choix entre le « plat » et le « cash ». Si le repas est prêt, il est considéré comme pris.

Source : Journal Officiel Assemblée Nationale du 24 février 2026, Question n° 12083, p. 1765.