Taxe foncière sur les surfaces de vente : la bombe à retardement du Conseil d’État

C’est une décision qui risque de faire trembler les bilans comptables de la grande distribution spécialisée (bricolage, matériaux) et du secteur horticole. Par un arrêt du 26 avril 2024 (n° 476025), le Conseil d’État a neutralisé une stratégie d’optimisation fiscale largement utilisée par les enseignes disposant de surfaces extérieures ou semi-ouvertes.

Le couperet est tombé : désormais, que vos marchandises soient vendues sous un toit de béton, sous un auvent ou même en plein air, la taxe foncière se paiera au prix fort !

Le principe : l’usage commercial l’emporte sur le bâti

Jusqu’à présent, de nombreux propriétaires de « Magasins de très grande surface » (catégorie 5) s’appuyaient sur l’article 324 Z de l’annexe III du Code général des impôts. Ce texte permet de réduire la surface imposable (via des coefficients de 0,5 ou 0,2) pour les parties d’un local ayant une « valeur d’utilisation réduite ».

L’argument était simple : une cour de matériaux ou une pépinière extérieure, soumise aux courants d’air et à la pluie, ne peut valoir autant qu’un magasin chauffé et carrelé.

Le Conseil d’État vient de balayer cette logique. Pour la Haute Juridiction, dès lors que la surface est :

  1. Accessible au public ;
  2. Affectée à l’activité principale (la vente) ;

…elle ne peut pas être considérée comme ayant une valeur réduite. Elle fait partie intégrante du « magasin », peu importe son confort ou sa protection climatique.

Pourquoi est-ce une « bombe à retardement » ?

Le risque ne réside pas seulement dans le futur, mais dans l’interprétation immédiate que va en faire Bercy.

1. Un surcoût massif pour les « surfaces hybrides »

Les premières victimes sont les jardineries, les serres de vente et les enseignes de bricolage. Pour un établissement disposant de 3.000 m² de pépinière extérieure, le passage d’un coefficient de 0,2 (taxation sur 600 m²) à un coefficient de 1,0 (taxation sur 3.000 m²) multiplie par cinq la base d’imposition de cette zone.

2. La fin du flou pour les serres horticoles

Le secteur horticole, souvent à la frontière entre l’agricole et le commercial, est en première ligne. Si une serre sert de « parcours client » pour l’achat de végétaux, elle perd son statut de bâtiment technique à valeur réduite pour devenir une surface de vente standard. La distinction entre « produire » et « vendre » devient le seul rempart fiscal, mais il est de plus en plus poreux.

3. Un outil de redressement pour l’administration

Cette jurisprudence offre un « mode d’emploi » aux services fiscaux pour harmoniser les bases de taxe foncière sur tout le territoire. Les propriétaires qui avaient déclaré leurs surfaces extérieures avec des abattements sont désormais exposés à des rectifications, le Conseil d’État ayant validé que la déclaration initiale du contribuable ne fait pas foi si l’usage constaté est la vente.

Ce qu’il faut retenir : le nouveau barème de fait

Type de surfaceÉtat physiqueUsageCoefficient fiscal
Magasin principalClos et couvertVente1,0
Auvent / MarquiseCouvert / OuvertVente / Expo1,0
Cour / PépinièreNon couvertVente / Expo1,0
Stockage / RéserveTout étatLogistique pure0,5 ou 0,2 (selon cas)

Texte officiel :

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