Une réponse ministérielle publiée hier [9 avril 2026] met en lumière la fragilité critique du secteur de la petite transformation du bois en France. Entre contournement des sanctions contre la Russie et concurrence déloyale de Pékin, les fabricants de bâtonnets et couverts en bois appellent l’Europe à la rescousse.
Le secteur de la « petite transformation du bois » — ces objets du quotidien tels que les bâtonnets de glace, les pics à brochettes ou les couverts jetables — semble être devenu le nouveau champ de bataille de la souveraineté industrielle européenne.
Dans une question adressée au gouvernement, le sénateur Serge Mérillou alerte sur une situation paradoxale : alors que la directive sur les plastiques à usage unique (2019) offrait un boulevard au bois, les entreprises françaises du secteur sont aujourd’hui menacées de disparition.
Un marché inondé par des pratiques déloyales
Le constat est sévère. La Chine capte désormais plus de 50 % du marché mondial de ces produits. Mais derrière cette domination se cacherait trois autres scandales :
- Le détournement de l’embargo russe : Selon l’alerte parlementaire, les fabricants chinois n’achèteraient plus de bois brut (grumes), mais des produits semi-finis russes vendus à prix cassés par des entreprises d’État.
- Blanchiment d’origine : En arrivant en Europe sous étiquette chinoise, ces produits financeraient indirectement l’économie de guerre russe, tout en échappant aux sanctions européennes liées au conflit en Ukraine.
- La « Passoire » douanière : Contrairement aux États-Unis (55 % de droits de douane) ou au Maroc (30 %), l’Union européenne applique un taux de 0 % sur ces articles.
Le casse-tête de la traçabilité
La réponse du ministère de l’Économie souligne la complexité juridique du dossier. Si l’importation de bois russe est strictement interdite par le règlement (UE) n° 833/2014, la réalité du terrain est plus poreuse :
- La transformation substantielle : Dès qu’un bois russe est transformé en pays tiers (Chine), il acquiert légalement l’origine douanière de ce pays.
- La fraude documentaire : Le gouvernement admet des difficultés à prouver l’origine réelle des produits face à des documents parfois falsifiés.
« La difficulté réside dans la traçabilité du produit importé et la preuve de l’origine russe », reconnaît le ministère, appelant à une collaboration technique renforcée entre les douanes et les industriels.
Vers un « bouclier » commercial européen ?
Face à l’urgence, le gouvernement français encourage la filière à emboîter le pas au secteur du parquet. Ce dernier a récemment obtenu de la Commission européenne l’instauration de droits compensateurs.
Le message de l’État est clair : la France soutiendra les mesures anti-dumping et les droits compensateurs ciblés (code douanier 44219999), mais la balle est dans le camp des industriels. Pour que Bruxelles agisse, les entreprises doivent déposer un dossier technique solide prouvant le préjudice.
Les chiffres clés de la filière en péril :
- 200 salariés directs en France (Compiègne, Saint-Étienne, Le Mans).
- 1.000 salariés au niveau européen.
- 70 milliards de bâtonnets de glace produits par an dans le monde.
- 0 % de droits de douane à l’entrée de l’UE (contre 55 % aux USA).
Triste constat
Cette affaire illustre parfaitement les limites de la politique commerciale européenne actuelle. Entre volonté écologique (remplacer le plastique) et défense industrielle, l’UE peine encore à protéger ses frontières contre des flux de matières premières dont l’origine « éthique » est de plus en plus difficile à garantir.
Source : J.O. Sénat (Q.E.) du 9 avril 2026 ; Qu. n° 6434 de Serge Merillou, p. 1724.







