Le nouvel arrêté modifiant le règlement de sécurité contre l’incendie dans les ERP (Etablissements Recevant du Public) marque un tournant majeur. Entre l’adoption généralisée des Euroclasses et l’encadrement strict des constructions bois et biosourcées, les professionnels du secteur disposent désormais d’un nouveau cadre de référence. Décryptage des évolutions clés applicables au 1er juin 2027.
Le paysage réglementaire de la sécurité incendie vient de connaître sa mise à jour la plus profonde de la décennie. Si l’objectif reste la protection des personnes, les moyens d’y parvenir intègrent désormais la réalité des nouveaux modes constructifs décarbonés.
1. La fin du « tout incombustible » : L’encapsulage comme norme
L’une des avancées majeures réside dans la création de l’article AM 1-4. Jusqu’ici, l’usage du bois en ERP se heurtait souvent à l’exigence de matériaux M0 ou A2-s1, d0 (incombustibles). Désormais, les structures combustibles sont autorisées, mais sous réserve d’une protection passive renforcée.
- Critère thermique : La protection doit empêcher le bois d’atteindre 250°C pendant la durée de stabilité au feu requise.
- Maintenance : Cette protection devient un élément de sécurité à part entière, soumis à un contrôle technique tous les 5 ans.
2. Façades et propagation : Le seuil critique des 8 mètres
L’arrêté redéfinit les exigences de réaction au feu des façades (Art. CO 20) en fonction de la hauteur du plancher bas (HPB) :
- HPB ≤ 8 mètres : Les exigences restent souples pour favoriser l’usage de matériaux biosourcés en circuit court.
- HPB > 8 mètres : Le passage aux matériaux A2-s1, d0 devient la règle, sauf en cas de succès à un essai de laboratoire type LEPIR 2. Cette mesure vise à limiter le risque de propagation verticale sur les bâtiments de moyenne et grande hauteur.
3. Aménagements intérieurs : Le bois massif réhabilité
L’article AM 4-1 offre de nouvelles libertés architecturales pour le bois massif apparent :
- Dans les locaux : Jusqu’à 25 % de la surface des parois peuvent rester en bois massif (non délaminant) sans protection rapportée.
- Dans les halls : Le bois peut être utilisé sans limitation de surface si le hall est limité à deux niveaux et que la charge calorifique mobilière est contrôlée.
4. Compartimentage et Dégagements : L’exigence de l’étanchéité
Le vocabulaire technique bascule définitivement vers les Euroclasses européennes (EI, REI, E, S).
- Espaces d’Attente Sécurisés (EAS) : Les portes doivent désormais obligatoirement répondre au classement S200 (étanchéité aux fumées), garantissant la survie des PMR en attente de secours.
- Escaliers : Les parois d’encloisonnement doivent désormais résister aux chocs mécaniques d’exploitation pour garantir que leur performance coupe-feu ne soit pas dégradée par l’usage quotidien du bâtiment.
5. Renforcement des infrastructures de secours
Le texte simplifie et durcit l’installation des moyens de secours :
- Colonnes sèches : Elles deviennent obligatoires dans chaque escalier dès que le bâtiment dépasse 18 mètres de haut, indépendamment de la nature des risques en étage.
- Recoupement des combles : Pour les charpentes en fermettes bois, le recoupement doit désormais s’effectuer tous les 100 m² (contre 300 m² auparavant), une réponse directe aux sinistres rapides constatés sur ces structures légères.
Tableau de synthèse des incidences
| Domaine | Changement majeur | Impact métier |
| Structure | Protection passive AM 1-4 | Justification de la température d’interface (< 250°C) |
| Façades | Durcissement au-delà de 8m | Recours accru aux essais de laboratoire (LEPIR 2) |
| EAS | Étanchéité fumées S200 | Choix de menuiseries spécifiques obligatoires |
| Exploitation | Contrôle quinquennal | Nouvelle mission pour les organismes de contrôle |
Entrée en vigueur
Cet arrêté entrera en vigueur le 1er juin 2027. Les projets dont la demande d’autorisation est déposée avant cette date restent soumis à l’ancienne réglementation. Cependant, au vu des délais de conception des grands projets ERP, il est vivement conseillé aux maîtres d’ouvrage et architectes d’intégrer ces dispositions dès à présent.
Texte officiel :
Pour approfondir…
Voici plus en détails les principaux changements introduits par cet arrêté :
1. Une nouvelle terminologie pour la construction moderne
L’article 3 de l’arrêté introduit une section dédiée à la terminologie (Art. GN 16). Cette clarification est essentielle pour lever les ambiguïtés techniques sur les chantiers. Parmi les définitions notables :
- Bois massif : Inclut désormais explicitement le lamellé-collé, le CLT (lamellé croisé) et le bois lamifié.
- Panneau de bois massif non délaminant : Définit les panneaux qui conservent leur intégrité structurelle même en cas d’incendie.
- Mezzanine : Ses critères sont strictement définis (surface ≤ 50 % du plancher surplombé) pour ne pas être comptabilisée comme un niveau plein au sens de l’évacuation (CO 12).
- Protection contre le feu indissociable : Précise les cas où l’écran de protection fait corps avec la structure.
2. Un Dossier de Sécurité plus rigoureux
L’article GE 2 évolue pour imposer une plus grande transparence dès la phase de conception. Pour les projets utilisant des matériaux combustibles :
- La notice de sécurité doit désormais préciser la nature des matériaux des façades, structures et planchers, ainsi que leur comportement au feu.
- Les plans de coupe doivent faire apparaître clairement les protections passives contre le feu.
- Le calcul de la charge calorifique mobilière est distingué de la charge structurelle, avec une attention particulière portée au système de façade.
3. Mise à jour des Euroclasses et performance au feu
L’arrêté acte le passage définitif aux nomenclatures européennes. Les anciennes dénominations (CF – Coupe-Feu, PF – Pare-Flammes) sont systématiquement doublées ou remplacées par les indices REI, EI et E.
Tableaux des équivalences renforcées
| Élément concerné | Ancienne norme (ex.) | Nouvelle norme (équivalente ou complétée) |
| Paroi d’isolement standard | CF 2h | EI 120 (ou REI 120 si porteur) |
| Risques particuliers | CF 3h | EI 180 (ou REI 180 si porteur) |
| Façade en vis-à-vis | PF 1h | E 60 (ou RE 60 si porteur) |
4. Focus sur l’isolement et la charge calorifique (Article CO 8)
C’est l’un des points les plus structurants pour les concepteurs : Pour les bâtiments séparés par moins de 8 mètres, l’exemption de certaines contraintes d’isolement est désormais conditionnée à la charge calorifique surfacique totale des éléments structuraux.
Si cette charge dépasse 600 MJ/m² de plancher (hors sous-sol), le bâtiment doit impérativement être protégé par une extinction automatique à eau (sprinklage).
Cette mesure vise directement à encadrer les structures bois massives dont le potentiel calorifique propre doit être compensé par des systèmes actifs si l’isolement passif est réduit.
5. Gouvernance et Vérifications
- Simplification administrative : Le recours à la Commission Centrale de Sécurité pour certaines mesures adaptées est remplacé par une validation directe du ministère chargé de la sécurité civile.
- Contrôles : Les organismes vérificateurs doivent désormais être agréés par le préfet de police (et non plus seulement le ministre de l’Intérieur). Les dossiers fournis aux vérificateurs doivent obligatoirement être en langue française.
6. Structures et Façades
Cette seconde partie de la réforme durcit les règles pour les bâtiments utilisant des matériaux combustibles (bois, biosourcés) tout en modernisant les critères de performance au feu.
Stabilité au feu : La fin de l’exception « systématique » du bois
L’article CO 11 redéfinit les objectifs de stabilité. Désormais, la structure doit non seulement permettre l’évacuation, mais aussi garantir la sécurité des secours lors de leur intervention.
Ce qui change pour les structures combustibles (Art. CO 12) :
- Mesures compensatoires : Si les éléments principaux de la structure (poteaux, poutres) ne sont pas classés au moins A2-s1, d0 (incombustibles), la résistance au feu standard doit être complétée par des protections spécifiques définies dans le nouveau « Chapitre III » (écrans protecteurs, encapsulage, etc.).
- Simplification pour les mezzanines : Un plancher partiel (≤ 50 % de la surface) accueillant au plus un local n’est plus pris en compte pour déterminer l’exigence de stabilité globale du bâtiment.
2. Charpentes et Toitures (Art. CO 13 & CO 14)
Le texte clarifie la distinction entre le « bois massif » et les systèmes légers :
- Exclusion des fermettes : Les charpentes en fermes légères (fermettes) ne sont pas considérées comme du bois massif. Elles ne bénéficient donc pas des allègements de stabilité au feu accordés aux charpentes lourdes visibles.
- Bâtiments en rez-de-chaussée : Pour être dispensé de stabilité au feu, un bâtiment RDC en bois massif doit désormais prouver que la structure est visible ou surveillée par détection automatique. Si le bois est utilisé, les exigences de l’article AM 1-1 (revêtements) ne s’appliquent pas, simplifiant ainsi la finition intérieure.
La révolution du « Système de Façade » (Art. CO 19 à CO 22)
La section 5 change de nom : on ne parle plus de « Façades » mais de « Système de Façade ». Cette nuance inclut l’isolant, la structure porteuse, le parement et la lame d’air.
Limitation de la propagation (Objectif C+D)
La règle du C + D (distance verticale entre deux baies) est maintenue mais son calcul est plus strict :
- Elle dépend de la masse combustible mobilisable (M) du système.
- M ≤ 130 MJ/m² : C + D ≥ 1,00 m.
- M > 130 MJ/m² : C + D ≥ 1,30 m (cas fréquent des isolants combustibles ou bardages bois épais).
Matériaux et Hauteur de 8 mètres
Le seuil de 8 mètres (hauteur du plancher bas du dernier niveau) devient le pivot de la sécurité :
- En dessous de 8m : Le système peut être classé D-s3, d0 (bois autorisé) sous réserve de solutions techniques validées (IT 249) ou d’une évaluation de laboratoire.
- Au-dessus de 8m : Les exigences deviennent drastiques. Les composants doivent être A2-s3, d0 (incombustibles) et sans lame d’air. Si le maître d’ouvrage souhaite utiliser du bois ou de l’isolation combustible, il doit impérativement obtenir une évaluation globale de laboratoire (essais de type LEPIR 2 ou équivalent).
Balcons et Coursives (Art. CO 20 §6 & §7)
Les structures de balcons et coursives doivent désormais être R 30 (stables au feu 30 min).
Nouveauté majeure : Pour les bâtiments > 8m, les sous-faces de balcons en bois doivent être protégées par un écran A2-s3, d0 garantissant 30 minutes de protection thermique.
Synthèse des points de vigilance
| Thématique | Point d’attention |
| Façades > 8m | Incombustibilité par défaut ou passage obligatoire en laboratoire agréé pour le bois/biosourcé. |
| Structures bois | Nécessité de justifier de « mesures de protection spécifiques » (Chapitre III) si le bois est laissé apparent. |
| C+D | Augmentation de la distance à 1,30m dès que la charge calorifique de façade dépasse 130 MJ/m². |
| Vérifications | Disparition des anciennes catégories M0/M1 au profit des Euroclasses (A1, A2, B, etc.) dans les textes. |
7. Distribution Intérieure : Vers un « Encapsulage » des Matériaux Combustibles
Cette section de l’arrêté adapte les règles de cloisonnement traditionnel et de compartimentage. Elle confirme la volonté du législateur de sécuriser les circulations, tout en ouvrant la voie à l’usage de parois biosourcées sous conditions strictes.
1. Parois Intérieures : La fin du tout-M0 (Art. CO 23 & CO 24)
L’objectif reste de limiter la propagation du feu et des fumées, mais la méthode évolue pour intégrer les parois composites ou bois.
- Le principe de protection spécifique : Désormais, si les systèmes de parois (cloisons, murs de refend) ne sont pas classés au moins A2-s1, d0 (incombustibles), ils doivent obligatoirement faire l’objet de mesures de protection spécifiques détaillées au Chapitre III (souvent par l’ajout d’écrans thermiques ou d’encapsulage).
- Mise à jour des Euroclasses : Le tableau des parois verticales intègre désormais les classements européens EI (Étanchéité et Isolation) et E (Étanchéité).
Tableau de synthèse des parois (Extraits)
| Stabilité de la structure | Parois Locaux/Dégagements | Parois entre Locaux |
| Aucune exigence | E 15 (Pare-flammes 1/4h) | EI 15 (Coupe-feu 1/4h) |
| Structure 1/2 h | EI 30 (Coupe-feu 1/2h) | E 30 (Pare-flammes 1/2h) |
| Structure ≥ 1 h | EI 60 (Coupe-feu 1h) | E 30 (Pare-flammes 1/2h) |
Note importante : En cas de fonction porteuse (mur de refend par exemple), ce n’est plus seulement le CO 24 qui s’applique, mais les exigences de stabilité structurelle du CO 12 (REI).
Le Compartimentage (Art. CO 25)
Le compartimentage, qui permet de créer des volumes plus vastes sans cloisonnement intérieur, voit ses parois limitrophes renforcées :
- Les parois limitant les compartiments doivent désormais répondre aux classements allant de EI 30 à EI 90 (selon la stabilité de la structure).
- Les dispositifs de communication (portes) entre compartiments adoptent la norme E (Pare-flammes) ou E-C (avec ferme-porte ou dispositif de fermeture automatique).
Recoupement des Vides : Le cas critique des fermettes (Art. CO 26)
C’est l’un des points les plus concrets pour les maîtres d’œuvre. Le texte durcit le recoupement des combles et des plénums pour éviter l’effet « cheminée ».
- Principe général : Un recoupement par une paroi E 15 tous les 300 m² (avec une distance maximale de 30 mètres).
- Aggravation pour les fermettes bois : Lorsque la charpente est réalisée en fermes légères (fermettes), le risque de propagation rapide est jugé plus élevé. Le recoupement doit alors être beaucoup plus serré : tous les 100 m².
- Calfeutrement : L’article impose désormais un calfeutrement systématique à chaque rencontre entre paroi et plancher, ou lors de la traversée de poteaux et poutres, pour restituer l’intégrité de la résistance au feu.
8. Locaux à risques et gaines techniques
Les locaux à risques (locaux poubelles, chaufferies, réserves, etc.) voient leurs règles d’isolement évoluer pour prévenir la propagation du feu à la structure elle-même.
Locaux à risques particuliers : L’exigence d’encapsulage (Art. CO 27 & 28)
- Protection des parois combustibles (Art. CO 27 §3) : C’est une mesure phare pour la construction bois. Si les parois ou les planchers d’un local à risques ne sont pas classés au moins A2-s1, d0 (incombustibles), ils doivent obligatoirement recevoir une protection spécifique (Chapitre III). En clair, le bois ne peut plus y être laissé apparent : il doit être « encapsulé » pour isoler la structure du foyer potentiel.
- Mise en conformité des accès :
- Risques Importants : Les parois doivent être EI 120 (REI 120 si porteuses). Les portes doivent être EI 60 et s’ouvrir impérativement vers la sortie.
- Risques Moyens : L’isolement doit être EI 60 (REI 60 si porteuse) avec des blocs-portes EI 30-C (avec ferme-porte).
Conduits et Gaines : Des matériaux plus performants (Art. CO 30)
La section sur les réseaux est simplifiée mais devient plus exigeante sur la nature des matériaux.
- Nouvelle classification : Tous les conduits et leurs coffrages d’habillage doivent désormais être réalisés en matériaux classés D-s1, d0. L’objectif est de limiter drastiquement la production de fumées dans les gaines, qui agissent souvent comme des vecteurs de propagation rapide entre les niveaux.
- Objectif clarifié : Le texte insiste désormais sur la limitation de propagation des fumées lors du franchissement des parois résistantes au feu.
Franchissement des parois et Calfeutrement (Art. CO 31)
Le franchissement d’une paroi coupe-feu par un conduit est un point de vulnérabilité majeur. L’arrêté précise les règles :
- Gaines verticales : Pour les conduits de gros diamètre (> 315 mm), la gaine doit être en matériaux A2-s1, d0 et être recoupée horizontalement à chaque niveau par des matériaux classés A1.
- Le calfeutrement (Art. CO 31 §9) : C’est une précision de terrain cruciale. Le calfeutrement des vides autour des conduits doit impérativement restituer le degré de résistance au feu de la paroi traversée. Sa performance doit être « adaptée à la nature des supports », ce qui impose de vérifier la compatibilité des mastics ou mortiers coupe-feu avec les parois en bois ou biosourcées.
Vide-ordures et Monte-charges (Art. CO 33)
Les équipements de transfert vertical sont également mis à jour :
- Matériaux : Les conduits de vide-ordures doivent être strictement A1.
- Résistance au feu : Les trappes de service doivent être E 30 (Pare-flammes 30 min) dans les deux sens de feu.
- Asservissement (Art. CO 33 §3) : Pour les trappes à fermeture automatique, le texte impose désormais soit un Détecteur Autonome Déclencheur (DAD) conforme à la norme de 2007 (fermeture sans temporisation), soit un Système de Sécurité Incendie (SSI) de catégorie A.
Synthèse :
| Élément | Exigence Clé | Vigilance Matériau |
| Locaux Poubelles / Chaufferies | Isolement renforcé | Encapsulage obligatoire si structure bois. |
| Gaines Techniques | Étanchéité aux fumées | Matériaux D-s1, d0 minimum. |
| Traversées de planchers | Continuité du feu | Recoupement à chaque niveau (matériaux A1). |
| Calfeutrement | Restitution du degré de la paroi | Compatibilité support/produit à justifier. |
Dégagements et Évacuation : Une protection accrue des cages d’escaliers
La réforme clarifie la terminologie et impose des standards de résistance mécanique inédits pour les parois d’encloisonnement.
Terminologie et Hall (Art. CO 34)
Le hall est désormais explicitement listé comme un dégagement au même titre qu’un couloir ou un escalier.
- Dégagement protégé : La définition s’affine. Il peut s’agir d’un escalier, d’une circulation ou d’une rampe, à condition d’être encloisonné ou à l’air libre. L’objectif est de garantir que le public y soit à l’abri des flammes et, surtout, des fumées (avec obligation de désenfumage si le règlement le prévoit).
Résistance aux chocs et Structure (Art. CO 52)
C’est une nouveauté majeure pour la pérennité des ouvrages :
- Protection contre les impacts : Les parois d’encloisonnement des escaliers doivent désormais être conçues pour résister aux chocs liés à l’exploitation. L’idée est d’éviter qu’un choc accidentel (déménagement, chariot) ne fissure la paroi et n’altère sa performance coupe-feu.
- Matériaux : Si l’obligation de matériaux strictement « incombustibles » s’assouplit formellement, elle est remplacée par une obligation de performance de structure.
Encloisonnement et Protection Spécifique (Art. CO 53)
Le seuil de résistance des cages d’escaliers est relevé :
- Minimum 60 minutes : Les parois d’encloisonnement doivent avoir un degré de résistance égal à celui de la structure, avec un minimum de 60 minutes (EI 60).
- Focus Bois/Biosourcés : Comme pour les locaux à risques, si les parois d’escaliers ne sont pas classées A2-s1, d0, elles doivent impérativement faire l’objet de mesures de protection spécifiques (encapsulage) définies au Chapitre III pour éviter que le bois de la cage d’escalier ne devienne un combustible lors de l’évacuation.
- Blocs-portes : Ils adoptent la nomenclature européenne E 30-C (Pare-flammes 30 min avec aptitude à la fermeture).
Espaces d’Attente Sécurisés (EAS) : L’étanchéité aux fumées (Art. CO 59)
L’EAS est la zone où les personnes ne pouvant évacuer seules (PMR) attendent les secours. L’arrêté durcit les exigences de ses blocs-portes :
- Classement S200 : Les portes des EAS doivent désormais justifier d’un classement d’étanchéité aux fumées S200. Cela garantit que les fumées froides ou tièdes ne pénètrent pas dans l’espace pendant l’attente.
- Performance EI : La porte doit avoir la même résistance que la paroi (souvent EI 30 ou EI 60).
- Fermeture : Elles doivent être soit munies d’un ferme-porte, soit être à fermeture automatique (DAS).
Exemple de marquage type : EI 30 – S200 – C.
Aménagements et Structures : Le bois apparent sous haute surveillance
Le législateur a créé un cadre permettant d’utiliser le bois massif tout en limitant sa contribution à la « charge calorifique » (la puissance potentielle du foyer).
La protection passive « AM 1-4 » : Le nouveau standard (Art. AM 1-1 à AM 1-4)
C’est l’article pivot de la réforme. Dès que la structure n’est pas incombustible (A2-s1, d0), elle doit être protégée.
- Le critère des 250°C : Pour le bois, la protection doit garantir que la température à l’interface ne dépasse jamais 250°C pendant la durée réglementaire de résistance au feu. Au-delà, le bois commence à pyrolyser et à alimenter l’incendie.
- Double protection pour l’ossature : Pour les bâtiments entre 8 m et 18 m de haut, le système doit comporter une protection « indissociable » (souvent une plaque de plâtre spécifique) tenant 30 min, complétée par une protection additionnelle.
- Contrôle quinquennal : Fait nouveau, l’état de ces protections passives doit être contrôlé tous les 5 ans par un organisme agréé.
Dispense de protection : Où peut-on laisser le bois apparent ? (Art. AM 4-1)
Le texte offre une bouffée d’oxygène à l’architecture bois, mais sous conditions strictes. L’usage du bois massif apparent (D-s2, d0) est admis selon des quotas :
Dans les locaux (Règle des 25 %)
Le bois apparent est limité à 25 % de la surface totale des parois verticales.
- Disposition imposée : Ce bois doit être concentré sur une seule paroi, ou des parois parallèles, ou des poteaux-poutres espacés d’au moins 1 m.
- Exclusion : Cette dispense ne s’applique jamais aux locaux à sommeil, aux locaux à risques, ni aux parois d’isolement (CO 7).
Dans les halls (L’exception « Hall »)
Le bois massif peut être apparent sans limitation de surface dans un hall, à condition que :
- Le hall soit limité à 2 niveaux.
- La charge calorifique du mobilier soit faible (< 100 MJ/m²).
- Si le mobilier dépasse ce seuil, le hall doit être protégé par un système d’extinction automatique à eau.
Charge calorifique des parois (Art. AM 2)
Pour éviter qu’un couloir ne devienne un tunnel de feu, la charge calorifique moyenne des matériaux combustibles dans les parois est limitée à 300 MJ/m².
Note : C’est au maître d’œuvre d’apporter la justification de ce calcul pour la distribution intérieure de l’établissement.
Isolation et Écrans thermiques (Art. AM 8)
Les règles pour les isolants (laine de verre, biosourcés, polystyrène) restent strictes :
- Soit l’isolant est A2-s2, d0 (incombustible).
- Soit il est protégé par un écran thermique :
- 1/4 d’heure pour les murs et sols.
- 1/2 heure pour les plafonds et toitures.
Synthèse des contraintes par hauteur de bâtiment
| Hauteur (Plancher bas) | Type de Structure | Exigence de protection (AM 1-4) |
| < 8 mètres | Bois / Biosourcé | Optionnelle (selon type d’ERP) |
| 8 à 18 mètres | Ossature Bois | Obligatoire (30 min indissociable + additionnelle) |
| > 18 mètres | Ossature Bois | Protection passive + Extinction automatique |
| Sous-sol | Tous | A2-s1, d0 obligatoire (Incombustible) |
Ce que cela change pour la maîtrise d’ouvrage :
- Marquage et Signalétique : Les parois protégées devront porter un marquage spécifique (type signalétique ISO 7010) interdisant aux usagers de les percer (pour accrocher un tableau par exemple), afin de ne pas rompre l’étanchéité thermique.
- Maintenance : Le registre de sécurité devra désormais intégrer les plans de protection passive et les rapports de vérification quinquennaux.
Électricité, Ascenseurs et Colonnes Sèches : Les derniers réglages
L’arrêté harmonise les exigences pour les locaux techniques et adapte les infrastructures de secours à la nouvelle donne architecturale (hauteur et matériaux).
Locaux de service électrique (Art. EL 5)
L’isolement des locaux renfermant des transformateurs ou des tableaux généraux ne repose plus sur une simple possibilité, mais sur une obligation stricte.
- Mise en conformité EI/REI : Les locaux à haute criticité doivent désormais justifier d’un isolement EI 120 (2 heures) ou REI 120 si la paroi est porteuse.
- Franchissements : Les dispositifs de franchissement (portes) passent à un standard EI 60 (1 heure) ou EI 30 selon le niveau de risque, garantissant une étanchéité thermique réelle face à un arc électrique ou un départ de feu.
Protection des Gaines d’Ascenseurs (Art. AS 1)
C’est un point de vigilance pour les bâtiments en structure bois.
- Alignement sur les escaliers : Le système de paroi des gaines d’ascenseurs doit désormais suivre les mêmes règles que celles des escaliers protégés (Art. AM 1-3).
- Implications : Cela signifie que si le bâtiment dépasse 18 mètres (ou 8 mètres avec locaux à sommeil), les matériaux de la gaine doivent être A2-s1, d0 (incombustibles). À défaut, la gaine doit bénéficier de la protection passive renforcée (encapsulage) décrite à l’article AM 1-4.
Ascenseurs pour l’évacuation des handicapés (Art. AS 4)
Le « local d’attente servant de refuge » (souvent couplé à l’ascenseur de sécurité) voit ses exigences d’étanchéité drastiquement renforcées.
- Classement S200 : Tout comme pour les EAS classiques, les blocs-portes de ces locaux doivent empêcher le passage des fumées (classement S200).
- Fermeture automatique : Ils doivent être équipés d’un ferme-porte ou d’un dispositif de fermeture automatique (DAS) avec le classement additionnel C.
Exemple de configuration type : EI 30-S200-C, avec une ouverture vers l’intérieur du local pour ne pas obstruer le passage des secours dans les circulations.
Colonnes Sèches : Un équipement systématique dès 18m (Art. MS 18)
L’exigence de colonnes sèches est clarifiée et durcie pour faciliter l’attaque du feu par les sapeurs-pompiers.
- Généralisation : Désormais, une colonne sèche est installée dans chaque escalier protégé dès que le plancher bas du dernier niveau dépasse 18 mètres.
- Suppression de la condition de risque : Auparavant, cette obligation dépendait de la présence de locaux à risques importants en étage. Ce n’est plus le cas : la hauteur est désormais le seul critère, quelle que soit l’activité intérieure.
- Norme actualisée : L’installation doit être conforme à la norme NF S61-759-1 : 2022.







