Le cadre de la coexistence entre le pastoralisme et le loup (Canis lupus) change radicalement. Par deux arrêtés publiés ce 24 février 2026, le gouvernement acte une rupture avec la gestion passée. Entre l’augmentation des quotas de prélèvement, la simplification administrative et le déclassement juridique de l’espèce, le monde de l’élevage dispose désormais de nouveaux leviers d’action.
1. La fin d’un symbole sauvage… qui n’est malheureusement pas végétarien
« A l’article 2 de l’arrêté du 23 avril 2007, les mots : « Canidés Loup (Canis lupus) » sont supprimés ». Voilà c’est officiel : par cette terrible petite phrase parue dans le Journal Officiel de ce 24 février 2026, le loup vient de perdre son statut d’espèce strictement protégée qu’il détenait en France depuis près de 20 ans. Il perd donc son aura de trésor national pour devenir une simple espèce sous « statut de gestion », c’est-à-dire une variable que l’on ajuste au profit exclusif de la défense des troupeaux.
Même si, selon le vieil adage, « Nécessité fait loi », le contraste n’en reste pas moins saisissant, presque cruel : alors que le monde entier s’émouvait à Noël devant l’image publicitaire d’un loup préférant les légumes aux brebis, la réalité législative rattrape la fiction à peine deux mois plus tard.
C’est une page qui se tourne, laissant un goût amer à ceux qui voyaient en lui l’icône d’une nature indomptée retrouvée.
Cependant, force est de constater que ce renoncement à sa protection absolue est le prix payé face à un constat comptable aussi froid que cinglant : 11.000 animaux prédatés chaque année, 3,7 millions d’euros d’indemnisations et un budget de protection publique dépassant les 40 millions d’euros. La survie économique a donc fini par l’emporter sur le destin d’une espèce qui, depuis presque 20 ans, incarnait l’espoir d’une cohabitation possible.
2. Des quotas en hausse
Le gouvernement a revu à la hausse le nombre de loups pouvant être « prélevés » annuellement pour limiter la croissance de la population :
- Le nouveau plafond : Il passe de 19 % à 21 % de l’effectif moyen annuel.
- La réserve de crise : Le préfet coordonnateur peut autoriser une rallonge de 2 % supplémentaires (soit 23 % au total) si la pression de prédation reste insupportable en fin d’année.
- Mécanisme de freinage : Dès que le seuil de 19 % est atteint, les prélèvements sont restreints aux tirs de défense immédiate et aux zones de colonisation les plus sensibles.
3. La fin du « parcours du combattant » administratif
C’est le changement le plus visible sur le terrain.
- Jusqu’ici, l’éleveur devait obtenir un arrêté préfectoral spécifique après avoir prouvé la mise en place de mesures de protection.
- Désormais, dans les zones les plus touchées (Cercles 0, 1 et 2), le système devient déclaratif. L’éleveur déclare son intention de mettre en œuvre des tirs de défense via le site service-public.fr et reçoit un récépissé immédiat. Ce document vaut autorisation.
4. Modernisation technique et tirs de nuit
Reconnaissant que le loup est un prédateur essentiellement nocturne, l’arrêté autorise des moyens technologiques jusqu’ici réservés aux agents de l’État :
- Vision nocturne : L’utilisation de dispositifs de repérage par intensification de lumière ou infrarouge passif (types monoculaires tenus à la main) est désormais autorisée pour les tireurs afin d’identifier formellement la cible.
- Matériel de tir : par contre, les lunettes de visée thermique restent l’exclusivité de l’OFB et de la louveterie. Cependant, les éleveurs et chasseurs mandatés peuvent désormais utiliser une source lumineuse pour le tir de nuit après identification.
- Armement : Le tir à balle est obligatoire avec un diamètre d’ogive supérieur ou égal à 7 mm.
5. Fusion des tirs : Plus de « Tir Simple » ou « Renforcé »
La complexité de la gradation disparaît au profit de l’efficacité :
- Jusqu’ici, il fallait commencer par un « tir de défense simple » (2 tireurs max). Ce n’est qu’après l’échec de celui-ci et le constat de 3 attaques en 12 mois que l’on pouvait passer au « tir de défense renforcé » (jusqu’à 10 tireurs).
- Désormais, cette distinction est supprimée. Il n’existe plus qu’un seul « Tir de Défense ». Les critères de nombre d’attaques préalables pour augmenter le nombre de tireurs sont largement assouplis, permettant une réponse proportionnée dès la première alerte.
6. Une protection adaptée au terrain (Zones d’expansion)
Le texte crée une distinction forte entre les zones de présence historique et les « zones d’expansion » (où le loup n’est pas encore installé) :
- Dans ces nouveaux secteurs, si la topographie ou le mode d’élevage rend la protection classique (chiens, clôtures) impossible ou trop coûteuse, le préfet peut autoriser l’intervention des louvetiers « sans autre condition » dès la première attaque.
- L’objectif est clair : empêcher l’installation durable du prédateur là où le pastoralisme est jugé techniquement « non-protégeable ».
7. Une protection toujours étendue aux bovins et équins
Le nouveau texte entérine mais en les simplifiant les mesures pour les filières autres qu’ovines :
- La notion de « mesure de réduction de vulnérabilité » (vêlages en bâtiment, présence de bovins à cornes, colliers GPS, etc.) est désormais le standard pour accéder aux tirs de défense.
- L’obligation de réaliser des analyses technico-économiques territoriales lourdes, qui freinait l’accès aux tirs, est remplacée par une évaluation plus souple au cas par cas.
8. Une visibilité à plus long terme (Validité de 5 ans)
La stabilité des autorisations est renforcée pour éviter les renouvellements incessants :
- Jusqu‘ici, les autorisations étaient souvent précaires et liées à la saison de pâturage ou à l’année civile.
- Désormais, Une déclaration ou autorisation peut être valable jusqu’à 5 ans pour les élevages protégés ou reconnus « non protégeables ». Même pour un élevage n’ayant pas encore mis en place de mesures de protection, la validité est de 2 ans.
9. Calendrier et transition
Ce nouveau dispositif entrera pleinement en vigueur le 1er avril 2026. Pour assurer la continuité de la protection des troupeaux :
- Les autorisations actuelles restent valables jusqu’à leur date d’échéance.
- Les listes de chasseurs habilités restent valides.
- Tout tir (réussi, blessant ou manqué) doit être signalé immédiatement pour permettre un pilotage en temps réel du plafond national de 21 %.







