À travers deux questions parlementaires déposées cette semaine, les députés Christophe Marion et Thomas Ménagé dressent le portrait d’une profession à la croisée des chemins. Entre une pression budgétaire étouffante et un carcan législatif rigide, les taxis de nos campagnes, piliers de l’accès aux soins, menacent de disparaître.
Un étau budgétaire : La réforme de 2025
Le premier cri d’alarme concerne la nouvelle convention de l’Assurance Maladie, effective depuis novembre 2025. Face à des dépenses de transport sanitaire ayant bondi de 45 % depuis 2019, l’État a serré la vis. Mais cette rigueur comptable ignore la réalité géographique des territoires enclavés.
En zone rurale, la désertification médicale force les patients à parcourir des distances de plus en plus longues. Or, la réforme actuelle peine à prendre en compte :
- L’impossibilité de mutualiser les trajets dans des zones à faible densité.
- Les coûts fixes élevés liés aux « approches à vide » pour récupérer des patients isolés.
Comme le souligne M. Marion, l’instauration d’un « forfait territoires ruraux », sur le modèle de celui des grandes villes, devient une nécessité absolue pour ne pas transformer les campagnes en déserts de soins.
Le piège de la « licence gratuite » : L’héritage de 2014
À cette pression financière s’ajoute un obstacle structurel majeur soulevé par M. Ménagé : la non-cessibilité des licences (ADS) délivrées après 2014. Si cette loi visait à stopper la spéculation, elle crée aujourd’hui un effet pervers dramatique en zone rurale.
Lorsqu’un artisan taxi part à la retraite dans une petite commune :
- Sa licence doit être rendue à la mairie.
- Une nouvelle attribution peut prendre des mois.
- L’obtention d’un nouveau conventionnement CPAM est un parcours du combattant administratif.
« Il en résulterait une période prolongée durant laquelle aucun taxi ne serait conventionné sur la commune, privant les habitants d’un service essentiel. » — M. Thomas Ménagé, Député.
Le résultat ? Une rupture de service qui force les personnes âgées ou dépendantes à solliciter des taxis venant de villes lointaines, générant des surcoûts pour la collectivité et des délais d’attente insupportables pour les patients.
Les enjeux : Mobilité, Santé et Aménagement du territoire
Le constat est sans appel : l’application uniforme des règles nationales fragilise les territoires les plus vulnérables. La combinaison d’une rentabilité en baisse et de l’impossibilité de transmettre sereinement son activité décourage les jeunes repreneurs.
Pour sauver ce maillon essentiel, les parlementaires appellent à des mesures concrètes :
- Une transmission encadrée des licences en zone rurale pour assurer la continuité du service.
- Un conventionnement accéléré auprès de la CPAM pour les nouveaux installés.
- Une évaluation territorialisée de la loi de 2014 pour corriger les inégalités d’accès aux soins.
Conclusion : L’urgence d’une réponse adaptée
Le taxi rural n’est pas qu’un simple transporteur ; c’est un agent de liaison sanitaire et sociale. Si le gouvernement ne propose pas rapidement des mécanismes dérogatoires ou un soutien financier spécifique, la « solidarité nationale » risque de devenir un concept vide de sens pour les millions de Français vivant hors des métropoles.
Sources : J.O. Assemblée Nationale du 17 mars 2026, Questions écrites ; Qu. n° 13694, p. 2331 et n° 632 p. 2239







