C’est un arrêt important pour les aéroclubs que vient de rendre la Cour de cassation ce 27 mars 2026. Il clarifie votre responsabilité en cas d’accident impliquant un passager mineur, mais il rappelle également que la fin des poursuites pénales ne signifie pas la fin des risques civils.
Le contexte : un baptême de l’air tragique
Le 8 janvier 2012, une jeune fille de 13 ans décède dans le crash d’un avion de tourisme piloté par un membre d’un aéroclub. Face à l’absence de poursuites pénales (aucune faute n’ayant pu être détectée, ce qui a entraîné une ordonnance de non-lieu en 2017), les parents et la fratrie de la victime engagent la responsabilité civile de l’aéroclub et de son assureur.
La Cour d’appel de Versailles avait déclaré leur action irrecevable car prescrite, estimant que le délai de deux ans prévu par le droit aérien était dépassé et que l’instruction pénale n’avait pas interrompu ce délai.
1. La primauté du droit aérien, même pour un mineur sans autorisation
Le premier enjeu portait sur la nature de la responsabilité. Les parents soutenaient que, leur fille étant mineure et n’ayant pas reçu leur autorisation pour voler, il ne pouvait s’agir d’un « contrat de transport ». Ils espéraient ainsi bénéficier de la prescription de droit commun (5 ou 10 ans) plutôt que de la prescription biennale du code des transports.
La position de la Cour : La Cour de cassation rejette cet argument. Elle confirme que dès lors qu’une personne est acheminée par aéronef, la Convention de Varsovie s’applique.
- L’incapacité juridique du mineur ou l’absence d’autorisation parentale ne disqualifie pas le vol en tant que « transport aérien ».
- Le régime spécial de responsabilité (et ses délais courts) s’impose à tous, victimes directes comme indirectes.
2. L’absence de faute de l’aéroclub
Les demandeurs reprochaient également à l’aéroclub de ne pas avoir vérifié l’autorisation parentale de la mineure avant le décollage.
Mais la Cour de cassation valide le raisonnement des juges de fond :
- Le pilote agissait à titre personnel et n’était pas le préposé (salarié sous contrôle) de l’association au moment des faits.
- Aucun règlement national ou européen n’impose aux aéroclubs de contrôler systématiquement les autorisations parentales pour les vols privés organisés par leurs membres.
En l’absence d’obligation légale, l’abstention de l’aéroclub ne constitue pas une faute.
3. Le coup de théâtre : le non-lieu n’efface pas l’interruption de la prescription
C’est sur ce point de procédure civile que la Cour de cassation casse l’arrêt d’appel. C’est l’apport principal de cette décision.
L’article 2243 du Code civil prévoit que l’interruption de la prescription est « non avenue » (effacée) si la demande est définitivement rejetée. La Cour d’appel en avait déduit que, l’instruction s’étant finie par un non-lieu, la constitution de partie civile des parents n’avait jamais interrompu le délai de deux ans.
Le rappel à l’ordre de la Chambre mixte : La Cour de cassation censure cette analyse :
- Une ordonnance de non-lieu n’est pas un « rejet définitif de la demande » au sens civil, car elle ne tranche pas le droit à réparation, elle constate seulement l’absence de charges pénales.
- Par conséquent, la constitution de partie civile a bien interrompu la prescription pendant toute la durée de l’instruction.
Conséquence : L’action des parents est déclarée recevable. Le délai biennal a été mis en pause durant l’enquête pénale, permettant aux familles de poursuivre l’assureur sur le terrain civil.
Ce qu’il faut retenir
| Point de droit | Solution de la Cour |
| Statut du mineur | Soumis aux règles du transport aérien (Varsovie), même sans accord parental. |
| Responsabilité du club | Nulle si le vol est privé et qu’aucune loi n’impose de contrôle spécifique. |
| Prescription | La constitution de partie civile interrompt la prescription, même si l’enquête finit par un non-lieu. |
Cette décision est une victoire procédurale importante pour les victimes d’accidents, leur garantissant que le temps de l’enquête pénale ne leur fermera pas les portes d’une éventuelle indemnisation civile ultérieure.
Pour les clubs et leur assureurs en revanche, ils savent désormais qu’ils peuvent être assignés au civil des années après un accident, même si le juge d’instruction a décidé qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre le club ou ses dirigeants au pénal.






