Saisi par la sénatrice Mireille Jouve sur la prolifération des soins esthétiques dédiés aux plus jeunes, le ministère de la Santé a tranché : l’arsenal législatif actuel, tant sur la qualification des professionnels que sur la sécurité des produits, est jugé suffisant. Une décision qui risque de faire réagir les dermatologues.
C’est un phénomène qui prend de l’ampleur dans les centres-villes et sur les réseaux sociaux : des « spas » pour enfants proposant manucures, massages et soins du visage à des fillettes parfois âgées de seulement six ans. Si l’aspect « mini-moi » séduit une partie des parents, il inquiète de nombreux experts.
L’alerte des dermatologues
Dans sa question écrite, la sénatrice s’est faite l’écho des craintes de la Société française de dermatologie (SFD). Les risques énumérés sont loin d’être superficiels :
- Santé cutanée : Irritations, sensibilisations allergiques précoces et photosensibilisation sur une peau infantile beaucoup plus fine et perméable que celle des adultes.
- Perturbateurs endocriniens : L’exposition précoce à certaines substances chimiques inquiète quant à leurs effets à long terme sur le système hormonal.
- Impact psychologique : L’édification de l’image de soi chez l’enfant est interrogée face à cette « hyper-sexualisation » ou cette quête précoce d’une esthétique normée.
Le Règlement Européen comme rempart
Dans sa réponse publiée au Journal Officiel, le ministère de la Santé rappelle que le cadre légal existe déjà. En France, l’activité de soins esthétiques est strictement réservée à des personnes qualifiées professionnellement (titulaires d’un CAP, BP ou diplôme équivalent).
Concernant les produits eux-mêmes, le ministère s’appuie sur le règlement européen 1223/2009. Ce texte impose :
- Une évaluation rigoureuse de la sécurité avant mise sur le marché.
- Un étiquetage précis et une surveillance via la cosmétovigilance (gérée par l’Anses).
- Des restrictions spécifiques émises par le Comité scientifique européen (CSSC) pour les substances destinées aux enfants.
Le Gouvernement a également profité de cette réponse pour réaffirmer son intention, aux côtés de la Commission européenne, d’interdire à terme les perturbateurs endocriniens (avérés ou suspectés) dans tous les cosmétiques, au même titre que les substances cancérogènes.
Un « Non » à une loi spécifique
Malgré les polémiques, la conclusion du ministère est sans appel : « Il n’est pas envisagé, à court terme, d’encadrer plus strictement les pratiques des instituts de beauté proposant des soins aux mineurs. »
La seule condition sine qua non reste l’autorisation du responsable légal. Pour les autorités, la responsabilité repose donc sur les parents et sur le respect des normes européennes par les fabricants. Un « statu quo » qui laisse le soin aux familles de placer le curseur entre le divertissement innocent et la protection de la santé de leurs enfants.
Source : J.O. Sénat (Q.E.) du 2 avril 2026, Qu. 3884, p. 1629






