Publié le 22 avril 2026 au Journal Officiel de l’Union européenne, le règlement délégué (UE) 2026/296 vient parachever l’arsenal législatif contre le gaspillage des produits de consommation, tels que les vêtements et chaussures. Alors que l’interdiction de principe de destruction entrera en vigueur le 19 juillet 2026, la Commission précise aujourd’hui les rares « laissez-passer » accordés aux entreprises.
Un cadre strict pour une économie circulaire
Le règlement (UE) 2024/1781 sur l’écoconception avait posé un jalon historique : sauf pour les micro et petites entreprises, la destruction des vêtements et des chaussures invendus sera interdite à partir du 19 juillet 2026 (ou du 19 juillet 2030 pour les moyennes entreprises).
Toutefois, la réalité industrielle et juridique impose des nuances. Le nouveau règlement délégué 2026/296 définit 10 dérogations spécifiques permettant de déroger à cette règle, tout en imposant une transparence totale :
Zoom sur les 10 dérogations autorisées
- Sécurité sanitaire (Produits dangereux) : Le produit présente un risque pour la santé ou la sécurité des consommateurs.
- Non-conformité légale : Le produit n’est pas conforme au droit national ou de l’Union (pour des raisons autres que la sécurité), et la destruction est imposée par la loi ou constitue la seule mesure corrective proportionnée.
- Violation constatée de la propriété intellectuelle : Il est établi que le produit est une contrefaçon ou viole des droits de propriété intellectuelle (via une décision de justice, un arbitrage ou une enquête interne dûment justifiée).
- Expiration de licence contractuelle : Le produit est lié à un contrat ou une licence interdisant sa vente ou sa distribution après une certaine date. Une fois ce délai expiré, la destruction peut être autorisée si elle est proportionnée.
- Impossibilité technique de « démarquage » : Le produit ne peut être réemployé ou remanufacturé car il est techniquement impossible de retirer les logos ou éléments visuels protégés (PI) ou jugés inappropriés (contexte éthique ou culturel).
- Dommages, détérioration ou contamination : Le produit est impropre à la consommation suite à des dommages physiques ou des problèmes d’hygiène survenus durant la logistique ou après un retour client, dès lors que la réparation n’est ni possible, ni rentable.
- Défauts de conception ou de fabrication : Le produit possède des défauts intrinsèques le rendant inapte à son usage prévu, et aucune correction technique n’est réalisable.
- Échec de la procédure de don (Produits sains) : Pour les produits ne relevant pas des points précédents, la destruction est permise si l’opérateur prouve qu’il a tenté, sans succès, de donner les produits à 3 entités de l’économie sociale et solidaire ou via une annonce publique de 8 semaines.
- Invendus des entités de l’économie sociale : Lorsqu’une association ou une entité sociale a reçu un produit en don mais n’a pas réussi, malgré ses efforts, à lui trouver un destinataire final.
- Échec de commercialisation après traitement des déchets : Lorsqu’un produit a été préparé en vue du réemploi par un organisme spécialisé, mais qu’il ne trouve aucun acquéreur sur le marché.
Une obligation de traçabilité renforcée
Le texte ne se contente pas de lister des exceptions ; il organise leur contrôle. Les opérateurs économiques doivent désormais :
- Conserver les preuves pendant 5 ans : Rapports d’essais, décisions judiciaires, preuves de propositions de dons ou rapports d’inspection technique.
- Transparence avec les déchets : Lors de l’envoi des produits vers un centre de traitement, l’entreprise doit fournir une déclaration explicite mentionnant la dérogation utilisée. L’objectif est d’aider les centres de tri à privilégier le recyclage matière sur la valorisation énergétique.
Ce que cela change pour les entreprises
Dès l’été 2026, la destruction ne pourra plus être une variable d’ajustement des stocks pour des raisons purement commerciales ou d’image de marque. Chaque produit détruit devra correspondre à une case précise du règlement 2026/296, sous peine de sanctions lourdes.
Les entreprises doivent, dès à présent, auditer leurs processus de gestion des retours et de fin de vie, en intégrant systématiquement le diagnostic de « réparabilité » et la mise en place de partenariats avec les acteurs du don et de l’économie sociale et solidaire (ESS).







