Architectes d’intérieur : bientôt un nouveau titre ?

C’est un serpent de mer qui vient de refaire surface au Palais du Luxembourg. Le 30 avril 2026, une réponse ministérielle est venue apporter un éclairage nouveau sur la situation des architectes d’intérieur. Interrogé par le sénateur Jean-Pierre Corbisez sur l’absence de statut légal pour ces professionnels, le Gouvernement a esquissé les contours d’une réforme attendue depuis des décennies.

Texte de référence : J.O. Sénat Questions écrites du 30 avril 2026 ; question n° 5833.

Un constat de fragilité pour la profession

Le sénateur Corbisez a pointé du doigt un paradoxe français : alors que la réhabilitation du bâti existant est devenue un enjeu de santé publique et d’intérêt général, les experts de la transformation intérieure restent dans un « angle mort » législatif.

Selon l’élu, cette absence de reconnaissance officielle entraîne trois conséquences majeures :

  • L’usurpation de titre : n’importe qui peut aujourd’hui s’autoproclamer « architecte d’intérieur » sans diplôme spécifique.
  • La jungle des formations : La prolifération d’écoles privées promettant des cursus courts et non certifiés.
  • L’exclusion institutionnelle : Les architectes d’intérieur sont souvent absents des grands débats publics sur l’urbanisme et la rénovation.

La position du Gouvernement : Protéger l’architecture, harmoniser l’intérieur

Dans sa réponse, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (en lien avec la Culture) reste ferme sur un point : le titre d’« Architecte » demeure protégé par la loi de 1977. Il est réservé exclusivement aux diplômés d’État (DEA) inscrits à l’Ordre.

Cependant, pour la première fois, l’exécutif reconnaît la nécessité de clarifier le secteur de l’architecture d’intérieur par des actes concrets :

  • Création d’un référentiel de compétences : Un travail a été engagé pour définir précisément ce qu’est le métier d’architecte d’intérieur et quelles compétences il exige.
  • Inscription au RNCP : L’objectif est d’harmoniser les diplômes au sein du Répertoire National des Certifications Professionnelles pour garantir un niveau de qualité homogène.
  • Vers un nouveau titre ? Le Gouvernement évoque explicitement une « éventuelle reconnaissance officielle de la profession par un titre dont l’appellation reste à définir ».

À retenir : Si le terme « Architecte » seul reste le bastion des DPLG et DE-HMONP, l’État s’oriente vers la création d’un cadre légal spécifique pour l’architecture d’intérieur afin de sécuriser les maîtres d’ouvrage et les clients.

Quelles conséquences pour le secteur ?

Cette réponse ministérielle marque une étape de transition. Pour les professionnels déjà en exercice et les étudiants, l’enjeu est de taille : unifier les cursus pour éviter les écarts pédagogiques.

L’harmonisation des compétences devrait, à terme, permettre aux architectes d’intérieur de sortir de l’ombre des « décorateurs » pour s’affirmer comme des acteurs techniques indispensables de la réhabilitation. Le dialogue est désormais ouvert avec les organisations représentatives pour définir ce futur cadre juridique qui, sans empiéter sur les prérogatives des architectes de construction, offrira enfin une protection légale à ceux qui façonnent nos espaces de vie.