Dans une décision rendue le 13 mai 2026, le Conseil d’État a annulé un arrêt défavorable de la Cour administrative d’appel de Versailles à l’exploitation d’un élevage de 40.000 volailles. Cet arrêt apporte une précision procédurale majeure sur l’office du juge administratif lorsqu’il choisit de statuer par la voie de l’évocation.
Référence : Conseil d’Etat, décision n° 494194 du 13 mai 2026.
Le contexte
L’affaire concerne une société qui avait obtenu en juillet 2019 l’enregistrement pour une exploitation de 40.000 emplacements de volailles. Ce projet s’est heurté à une vive opposition locale, portée par une association et plusieurs riverains.
Après un premier échec devant le Tribunal administratif de Versailles en 2021, les opposants avaient obtenu gain de cause devant la Cour administrative d’appel en mars 2024. La Cour avait alors annulé l’autorisation préfectorale, estimant que le tribunal initial n’avait pas répondu à tous les arguments soulevés (irrégularité de jugement).
Le point de droit : l’obligation d’examiner la régularisation
Le Conseil d’État a censuré le raisonnement de la Cour de Versailles sur un point technique mais crucial du droit de l’urbanisme et de l’environnement : le sursis à statuer en vue d’une régularisation.
Lorsqu’une juridiction d’appel annule un jugement pour irrégularité, elle utilise souvent la méthode de l’évocation : elle reprend l’ensemble du dossier pour le juger elle-même sur le fond. Le Conseil d’État rappelle ici deux principes fondamentaux :
- L’examen exhaustif : Le juge doit examiner tous les moyens et conclusions présentés en première instance, même s’ils n’ont pas été réitérés en appel (sauf abandon exprès).
- La demande du Préfet : En première instance, le Préfet des Yvelines avait demandé que, si un vice était constaté (comme l’absence d’évaluation environnementale), le juge sursoie à statuer pour permettre à l’exploitant de régulariser le dossier plutôt que d’annuler purement et simplement l’arrêté.
La décision : une erreur de « méconnaissance d’office »
La CAA de Versailles avait prononcé l’annulation de l’autorisation sans même examiner cette possibilité de régularisation sollicitée par l’administration.
Le Conseil d’État est formel : peu importe que la demande de sursis ait été formulée par le Préfet et non par la société elle-même. La Cour était tenue d’y répondre. En ignorant cette conclusion subsidiaire, la Cour a « méconnu son office ».
Conséquences pratiques
- Annulation et Renvoi : L’arrêt de la Cour administrative d’appel est annulé. L’affaire est renvoyée devant la même Cour, qui devra cette fois se prononcer sur la possibilité de régulariser le projet.
- Frais de justice : L’association opposante est condamnée à verser 1.500 euros à la société à l’origine du projet.
Ce qu’il faut retenir : Cette décision renforce la sécurité juridique des porteurs de projets. Elle confirme que le juge administratif doit impérativement explorer les voies de la régularisation prévues par le code de justice administrative avant de sceller le sort d’une installation classée (ICPE), dès lors qu’une partie en a fait la demande.
L’avenir du poulailler géant reste donc en suspens, dans l’attente d’un nouvel examen par les juges du fond.
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