Ours dans les Pyrénées : l’effarouchement ouvert aux bergers

Un arrêté publié au Journal officiel ce mardi 14 juillet 2026 vient modifier en profondeur l’encadrement de l’effarouchement de l’ours brun dans le massif pyrénéen. Face à une pression de prédation constante, le texte ouvre la possibilité de pratiquer l’effarouchement renforcé — jusqu’ici réservé aux agents de l’État — aux acteurs pastoraux eux-mêmes.

C’est un arbitrage très attendu qui vient d’être officialisé. Par un arrêté signé le 13 juillet 2026 et publié ce mardi, jour de Fête Nationale, le gouvernement modifie l’arrêté initial du 4 mai 2023 relatif aux mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées.

L’argumentaire de l’administration est pragmatique : entre 2021 et 2025, l’ours est présumé responsable de 330 attaques par an en moyenne sur le cheptel domestique. Face à cette situation, l’Office français de la biodiversité (OFB) ne peut plus, à lui seul, « répondre à l’ensemble des besoins d’intervention, ni intervenir systématiquement dans un court délai ».

Pour pallier cette impossibilité, l’exécutif fait le choix d’élargir le cercle des personnes autorisées à agir, tout en maintenant un cadre réglementaire et scientifique strict.

Ce qui change : l’ouverture du dispositif au monde pastoral

La modification majeure concerne le profil des opérateurs habilités à réaliser des opérations d’effarouchement renforcé (tirs de munitions à double détonation à l’aide d’un fusil de calibre 12, à effet sonore).

1. De nouveaux acteurs sur le terrain

Jusqu’alors exclusivement réservées aux agents de l’OFB, ces opérations de tirs non létaux à double détonation pourront désormais être mises en œuvre par :

  • L’éleveur ou les membres du groupement pastoral ;
  • Les gestionnaires d’estives ;
  • Le ou les bergers désignés ;
  • Les lieutenants de louveterie (sur décision préfectorale).

2. Une formation obligatoire et un permis de chasser requis

Pas question pour autant de laisser place à l’improvisation. Pour pouvoir procéder à ces tirs, les éleveurs et bergers devront :

  • Être titulaires d’un permis de chasser valide pour l’année en cours ;
  • Suivre une formation obligatoire (théorique et pratique) dispensée par l’OFB, axée sur la sécurité et les aspects techniques.

3. Des moyens de défense directe différenciés

L’arrêté modifie également les dispositions concernant la protection des intervenants en cas de comportement menaçant de l’animal :

  • Les agents de l’OFB conservent l’exclusivité du recours aux balles en caoutchouc (bien qu’aucune munition de ce type n’ait eu à être tirée depuis 2019, précise l’arrêté).
  • Les éleveurs, bergers et lieutenants de louveterie sont quant à eux autorisés à faire usage d’aérosols de défense (sprays anti-ours) pour garantir leur sécurité physique.

Un protocole de tir et de suivi renforcé

Le texte redéfinit précisément les règles d’engagement pour préserver le caractère dissuasif de la mesure et éviter les dérives. Les opérateurs devront veiller à intervenir uniquement lorsque le prédateur « se dirige sans ambiguïté vers le troupeau dans une attitude de prédation ».

De plus, le suivi administratif devient extrêmement rigoureux pour les acteurs privés :

  • Validation préalable : Toute intervention par un berger ou un éleveur doit être validée en amont par le préfet.
  • Compte-rendu sous 72 heures : Un rapport ultra-précis (localisation, trajectoires, munitions, comportement de l’ours et du troupeau) doit être envoyé sous 3 jours après l’opération. L’oubli de ce document entraîne la suspension immédiate de la dérogation.
  • Contrepartie pastorale : Si un éleveur ou un berger recourt à l’effarouchement renforcé, le gestionnaire de l’estive s’engage à réaliser une étude visant à adapter la conduite pastorale et à renforcer la protection du troupeau pour l’année suivante.

La biodiversité hors de danger ?

Pour justifier cette extension de dérogation à la protection de l’ours (espèce protégée au titre du code de l’environnement), le gouvernement s’appuie sur le bilan des campagnes d’effarouchement menées depuis 2019 (167 missions d’effarouchement renforcé, dont 59 opérations effectives).

Selon l’arrêté, ces tirs n’ont pas nui à l’état de conservation de l’espèce. Le texte cite le rapport annuel 2025 du Réseau Ours Brun (OFB) constatant « l’accroissement continu de la population d’ours brun depuis 2006 ». De même, aucun dommage auditif n’a été relevé chez les ours exposés, et aucun cas de séparation durable entre une ourse et ses oursons n’a été constaté après un effarouchement. Les risques d’avortement chez les femelles gravides sont également écartés par les études scientifiques en raison de la diapause embryonnaire estivale.

En résumé : Ce texte de juillet 2026 tente de trouver un équilibre politique et pratique très sensible. En donnant directement des outils de dissuasion sonore aux bergers, l’État répond à une demande forte de réactivité du monde agricole, tout en essayant de maintenir de strictes garanties de sécurité pour l’homme et pour l’animal.


Référence : Arrêté du 13 juillet 2026 [J.O. du 14].