Médecine du travail : les visites de reprise modifiées dès le 15 juin

Publié au Journal officiel ce dimanche 14 juin 2026, le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 vient fluidifier le suivi de la santé au travail pour les salariés de retour d’un arrêt de travail prolongé.

En modifiant les règles du Code du travail et du Code rural, ce texte poursuit un double objectif :

  • alléger la charge administrative des Services de prévention et de santé au travail (SPST) ;
  • renforcer le dialogue entre l’entreprise et la médecine du travail.

Voici un décryptage complet des nouvelles modalités qui entrent en vigueur dès demain, le 15 juin 2026.

1. L’employeur systématiquement informé des visites de préreprise

Jusqu’à présent, lorsqu’un salarié en arrêt de travail sollicitait une visite de préreprise (destinée à anticiper son retour), l’employeur n’en était informé que si le médecin du travail émettait des recommandations formelles (aménagements de poste, reclassement, formation). Si le médecin n’avait aucune préconisation particulière, l’employeur pouvait totalement ignorer la tenue de cet examen.

Ce qui change : Désormais, l’employeur est systématiquement informé de l’organisation même de la visite de préreprise, et ce, même si le médecin du travail conclut qu’aucun aménagement n’est nécessaire.

Une seule limite : Le salarié conserve un droit de veto. Si le travailleur s’y oppose expressément, l’employeur ne sera pas informé.

Cette mesure permet aux équipes de ressources humaines et aux managers de mieux anticiper le retour effectif du collaborateur, en sachant en amont qu’une démarche de reprise a été enclenchée auprès de la médecine du travail.

2. Vers la suppression de la visite de reprise ? (Sous conditions)

C’est la mesure phare de ce décret, pensée comme un véritable choc de simplification pour éviter les doublons médicaux inutiles. Sous certaines conditions strictes, la visite de préreprise peut désormais remplacer la visite de reprise.

La visite de reprise n’est plus obligatoire si toutes les conditions suivantes sont réunies :

  • Un délai court : La visite de préreprise doit avoir eu lieu dans les 30 jours précédant le retour effectif du salarié à son poste.
  • Un feu vert complet : Lors de cette préreprise, le médecin du travail doit avoir explicitement conclu qu’aucune mesure (aménagement, adaptation, transformation du poste ou aménagement du temps de travail) n’est nécessaire.
  • Pas d’objection : Ni le médecin du travail, ni l’employeur, ni le salarié ne doivent avoir expressément demandé le maintien d’une visite de reprise.

Si l’une de ces conditions manque (par exemple, si le médecin préconise un mi-temps thérapeutique ou si le salarié souhaite un examen de contrôle le jour J), la visite de reprise classique reste obligatoire dans les 8 jours suivant le retour.

3. Alignement parfait pour le secteur agricole

Le décret veille à l’équité entre les travailleurs. Les modifications apportées au Code du travail (Article 1 et 2) sont transposées à l’identique dans le Code rural et de la pêche maritime (Article 3 et 4). Les salariés agricoles dépendant de la MSA (Mutualité Sociale Agricole) bénéficient exactement des mêmes règles de simplification et de transparence.

Synthèse : Le nouveau parcours du salarié en arrêt

Pour y voir plus clair, voici un comparatif du parcours selon la situation du salarié :

Situation lors de la visite de préreprise (dans les 30 jours avant le retour)Information de l’employeurVisite de reprise finale requise ?
Le médecin ne préconise rien (et le salarié ne s’y oppose pas)Oui (informé de la tenue de l’examen)Non, dispense automatique (sauf demande d’une des parties)
Le médecin demande un aménagement de posteOui (informé de l’examen et des recommandations)Oui, obligatoire dans les 8 jours suivant le retour
Le salarié s’oppose à ce que l’employeur le sacheNon (respect du secret)Oui, obligatoire (la dispense ne peut s’appliquer)

4. Calendrier d’application

Le texte fixe une frontière temporelle très claire pour éviter tout effet rétroactif complexe :

  • Date d’effet : Le 15 juin 2026.
  • Périmètre : Les nouvelles règles s’appliquent exclusivement aux arrêts de travail délivrés à compter du 15 juin 2026.

Pour tous les arrêts de travail en cours prescrits avant cette date, les anciennes modalités restent en vigueur : la visite de reprise demeurera obligatoire selon les seuils habituels (maternité, maladie professionnelle, ou absences de 30 ou 60 jours selon les cas).

En réduisant les rendez-vous redondants lorsque la santé du salarié permet un retour à la normale immédiat, ce décret devrait désengorger les Services de prévention et de santé au travail, tout en offrant aux entreprises une meilleure visibilité sur les flux de reprise.


Référence : Décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 [J.O. du 14]