Pêche maritime : quotas et demandes d’antériorités, ce qui change

Via deux arrêtés signés par les services du ministère de la pêche et de l’aquaculture, le Journal Officiel de ce 28 mai 2026 apporte deux ajustements réglementaires importants pour le secteur de la pêche maritime en France. Ces textes modifient le calendrier d’attribution des aides à l’installation et à la décarbonation, tout en intégrant une nouvelle espèce tropicale dans la répartition des quotas annuels. Décryptage de ces deux arrêtés qui entrent en vigueur dès demain.

1. Réserve nationale des antériorités : Un sursis d’un mois pour le dépôt des dossiers

Le premier texte modifie l’organisation administrative de la réserve nationale des antériorités (le mécanisme public qui conserve et réattribue les droits historiques de pêche).

Jusqu’à présent, les armateurs et les organisations de producteurs (OP) devaient soumettre leurs demandes d’allocation entre le 1er juin et le 31 août. L‘arrêté décale cette fenêtre de tir d’un mois : la nouvelle période de dépôt s’étendra désormais du 1er juillet au 30 septembre.

Pourquoi c’est important : Ce décalage donne plus de temps aux acteurs de la filière pour monter leurs dossiers. Pour rappel, ces droits de pêche stockés dans la réserve nationale ne sont pas distribués au hasard. Ils visent en priorité deux objectifs cruciaux pour l’avenir de la profession :

  • Le renouvellement générationnel : Faciliter l’installation des jeunes pêcheurs de moins de 40 ans.
  • Le transition écologique : Favoriser la décarbonation des navires de l’administration et la réduction des gaz à effet de serre, en récompensant l’usage d’engins plus sélectifs et économes en énergie.

Ces quotas non affectés peuvent représenter jusqu’à 20 % des stocks pour les producteurs individuels et 10 % pour encourager la fusion des OP de plus de trois ans.

2. Quotas 2026 : Le thon listao (skypjack) intègre officiellement la répartition française

Le second arrêté vient compléter la liste officielle des quotas de pêche accordés à la France pour l’année en cours, initialement fixée le 17 mars dernier.

L’ajustement est très ciblé mais essentiel pour la pêche thonière : l’article 3 de la liste des espèces soumises à répartition est modifié pour inclure une 33ème espèce : le thon listao (Katsuwonus pelamis), aussi connu sous son nom anglophone de skipjack.

Ce qui change pour les quotas 2026
Version initiale (17 mars 2026) : 32 espèces réparties (dont l’albacore, le germon et le thon obèse).
Nouvelle version (28 mai 2026) : Intégration du thon listao, complétant la gestion des thonidés tropicaux pour la flotte française.

Cette intégration permet de clarifier juridiquement la ventilation des captures de ce thon très consommé (notamment en conserve) et pêché principalement par la flotte de haute mer dans les eaux tropicales, garantissant un suivi strict des volumes prélevés conformément aux exigences de durabilité.

3. Nouvelle répartition des quotas

Le deuxième arrêté modifie également la répartition des quotas qui avait été fixée dans le précédent arrêté du 17 mars dernier.

La modification la plus spectaculaire est sans conteste l’apparition officielle du thon listao dans l’océan Indien (zone CTOI). Jusqu’alors absent des annexes de répartition quantitative directe en 2025, le listao fait une entrée massive en 2026 avec un quota inédit de 36.845 tonnes, traduisant un net durcissement de l’encadrement international de cette ressource.

Sans surprise, ce gigantesque gisement pélagique est fléché à plus de 99 % (36 613,5 t) vers les navires senneurs de l’OP Orthongel, le solde étant partagé entre Mayotte (186,9 t) et La Réunion (44,6 t), sous réserve d’un transfert de solidarité annuel de 100 tonnes des senneurs vers la flotte artisanale locale.

En parallèle, les autres signaux majeurs de 2026 concernent le thon blanc et le thon obèse :

  • Le quota de germon (thon blanc) dans l’océan Atlantique Nord connaît une bouffée d’oxygène majeure avec une hausse de près de 30 %, passant de 6.782 tonnes en 2025 à 8.791 tonnes en 2026, au bénéfice direct des OP de la façade Atlantique (Les Pêcheurs de Bretagne, Vendée et Les Pêcheurs d’Aquitaine en tête).
  • Le thon obèse de l’océan Atlantique (zone ICCAT) voit son enveloppe globale progresser de 12 % pour s’établir à 3.576 tonnes (contre 3.195 t l’année précédente), une bouée de sauvetage quasi intégralement captée par les grands navires d’Orthongel (+347 t).

Hormis un réajustement technique à la hausse sur le cabillaud des zones arctiques (643 t en 2026 contre 388 t en 2025 pour le FROM Nord), l’édifice des quotas français reste, pour le reste, à savoir la quasi-totalité des poissons de fond et pélagiques côtiers (baudroie, hareng, merlu ou sole) parfaitement identique à celui de l’exercice précédent.

En résumé

Pour les affaires maritimes comme pour les professionnels (armateurs, pêcheurs et l’Ifremer), ce 28 mai marque une double mise à jour : un calendrier plus souple pour solliciter des droits de pêche vertueux durant l’été, et un encadrement réglementaire total des thonidés majeurs pour la saison 2026. Les deux textes sont applicables dès ce vendredi 29 mai.


Références :