Ergothérapeutes : l’urgence d’un statut et d’un remboursement

Le virage domiciliaire et le grand défi du vieillissement de la population sont sur toutes les lèvres, mais le système de santé français se donne-t-il vraiment les moyens de ses ambitions ? C’est tout le sens de la question parlementaire posée ce mardi 2 juin 2026 par un député à la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.

En mettant le doigt sur le statut et le financement des ergothérapeutes, l’élu soulève un paradoxe typiquement français : une profession plébiscitée par les autorités scientifiques, mais freinée par une organisation administrative obsolète.

Une profession clé face au défi démographique

L’ergothérapie n’est plus une discipline de seconde zone. Comme le rappelle le député, ces professionnels sont les architectes de l’autonomie. Qu’il s’agisse d’adapter le logement d’une personne âgée pour éviter la chute, d’accompagner un enfant dyspraxique dans sa scolarité ou de rééduquer un patient après un AVC, leur impact sur la qualité de vie — et sur les finances publiques — est scientifiquement prouvé. La Haute Autorité de santé (HAS) multiplie d’ailleurs les recommandations en leur faveur.

Pourtant, sur le terrain, le parcours des patients ressemble trop souvent à un parcours du combattant.

Le grand flou du financement et le coût des restes à charge

Le principal nœud du problème réside dans l’absence de conventionnement national avec l’Assurance Maladie, contrairement aux kinésithérapeutes ou aux infirmiers.

Le constat actuel : Les actes d’ergothérapie libérale ne sont pas remboursés directement par la Sécurité sociale.

Pour obtenir une aide, les familles doivent jongler avec des dispositifs fragmentés et complexes :

  • Des enveloppes locales et spécifiques (Prestation de Compensation du Handicap – PCH, Allocation Personnalisée d’Autonomie – APA).
  • Des forfaits limités dans le temps (comme les plateformes PCO pour le neurodéveloppement de l’enfant).
  • Des prises en charge ultra-variables selon les mutuelles.

Résultat ? Les délais d’attente explosent dans certains territoires (parfois plus d’un an !), les inégalités géographiques se creusent, et de nombreux patients renoncent aux soins en raison d’un reste à charge financier trop lourd.

Vers un statut comparable aux autres professions paramédicales ?

Face à ce constat, le député relaie les attentes fortes des représentants de la profession. L’objectif est clair : structurer la filière.

Pistes d’évolution évoquéesBénéfices attendus pour le système de santé
Conventionnement nationalHarmonisation des tarifs et
remboursement direct par la Sécu.
Meilleure coordinationIntégration fluide de l’ergothérapeute dans le parcours de soins (médecin traitant, hôpital, domicile).
Régulation et qualitéGarantie de l’efficience des soins
et meilleur maillage territorial.

L’enjeu dépasse le simple confort d’exercice des ergothérapeutes. Une meilleure intégration de la profession permettrait d’éviter des hospitalisations coûteuses et des entrées prématurées en établissement spécialisé.

La balle est désormais dans le camp du ministère de la Santé. La réponse du Gouvernement sera un indicateur crucial pour savoir si la transition vers une médecine de prévention et de maintien à domicile est une réelle priorité politique, ou un simple effet de communication.

Référence : Journal Officiel (Q.E.) Assemblée Nationale du 2 juin 2026 ; Qu. 15679.