Aquafitness : un coach ne peut pas remplacer un maître-nageur

Interpellé sur l’imbroglio juridique entourant les éducateurs sportifs certifiés, le gouvernement clarifie : même dans un bassin de moins de 1,30 m, un coach de fitness ne peut pas remplacer le maître-nageur.

C’est un arbitrage capital pour le secteur des salles de sport privées et des centres de remise en forme. Alors que le secteur fait face à une pénurie structurelle de maîtres-nageurs sauveteurs (MNS), de nombreux établissements ont investi dans la formation complémentaire de leurs éducateurs sportifs. Mais une question brûlante demeurait : un coach diplômé d’un BPJEPS et titulaire d’une certification spécifique à l’aquafitness peut-il encadrer un cours en toute autonomie sans la présence d’un surveillant aquatique dédié ? La réponse du Ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative est sans équivoque : c’est un non catégorique.

Un imbroglio juridique parti du terrain

L’affaire trouve son origine dans la région de Clermont-Ferrand. Un salarié d’une salle de sport privée, titulaire du BPJEPS « Activités de la Forme », avait suivi et validé la certification professionnelle « Technique et enseignement des activités fitness dans l’eau » (enregistrée au Répertoire spécifique sous le n° RS6394), dispensée par l’école WaterForm et reconnue par France compétences. L’objectif affiché de cette formation est de permettre d’animer en autonomie des cours de fitness dans des bassins de moins de 1,30 mètre de profondeur.

Pourtant, lors d’un contrôle mené par les services déconcentrés de la jeunesse et des sports (SDJES) de Clermont-Ferrand, il s’est vu notifier oralement l’interdiction d’encadrer ces séances sans la surveillance d’un maître-nageur sauveteur (MNS) ou d’un titulaire du BNSSA. Cette divergence d’interprétation a placé ce professionnel et son employeur dans une forte insécurité juridique, faisant peser un risque direct sur son emploi.

La position du Ministère : dissociation stricte de l’animation et de la surveillance

Saisi de cette question par une députée (Delphine Lingemann, députée de la quatrième circonscription du Puy-de-Dôme) , le Ministère des Sports commence par rappeler qu’il prend très au sérieux la tension sur l’emploi des MNS et la prévention des noyades. Néanmoins, sur le plan légal, le Ministère refuse toute assouplissement de la chaîne de sécurité :

  • Autonomie pédagogique oui, mais pas de surveillance autonome : Le titulaire d’un BPJEPS « Activités de la Forme » ayant validé la certification WaterForm est parfaitement habilité à animer et enseigner sur le plan pédagogique des séances d’aquafitness dans un bassin ≤ 1,30 m.
  • Exclusion explicite de la surveillance : Cependant, la surveillance du bassin et du groupe est expressément exclue de son champ de prérogatives. Même si le cours a lieu dans peu d’eau, cette mission de surveillance reste réservée de manière exclusive aux personnels visés à l’article L. 322-7 du Code du sport (MNS ou BNSSA).

Les enseignements pour les professionnels et les exploitants

Cette réponse ministérielle fixe une ligne claire pour l’ensemble des centres de remise en forme et des services départementaux (SDJES) :

  • Non-cumul des fonctions : Un éducateur sportif ne peut pas assurer seul l’animation d’un cours d’aquafitness ET la surveillance du bassin, quelle que soit la profondeur de ce dernier.
  • Maintien de la présence d’un MNS/BNSSA : Les salles de sport doivent obligatoirement prévoir la présence d’un MNS ou d’un titulaire du BNSSA en bord de bassin pendant les cours collectifs aquatiques.
  • Clarification pour les diplômes : Les organismes de formation et les employeurs doivent veiller à ce que l’« autonomie d’animation » garantie par une certification RS ne soit pas confondue avec une autonomie globale de sécurité/surveillance.

Référence : J.O. Assemblée Nationale du 25 août 2026, question écrite n° 13220.