C’est un tournant important pour le marché de la rénovation énergétique en France. Un décret et un arrêté parus au Journal Officiel de ce samedi 30 mai 2026 viennent conditionner le bénéfice des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) à de nouveaux critères stricts de qualité et de relocalisation industrielle pour les pompes à chaleur (PAC). Objectif affiché : bâtir une souveraineté européenne et assainir le marché.
C’en est fini de l’accès inconditionnel aux primes pour toutes les pompes à chaleur. Le gouvernement passe à la vitesse supérieure pour lier transition écologique et souveraineté industrielle. Le décret n° 2026-413 et son arrêté d’application, publiés ce matin, créent un système d’agrément obligatoire pour les modèles de PAC individuelles de type air/eau, eau/eau ou sol/eau.
Sans le précieux sésame de cet agrément, les modèles exclus ne pourront plus prétendre aux bonifications ou pondérations des CEE, qui réduisent drastiquement le reste à charge pour les ménages. Une mesure forte pour encourager la résilience des chaînes d’approvisionnement et la qualité des équipements.
Les deux critères couperets : qualité et Géographie
Pour obtenir l’agrément délivré conjointement par les ministères de l’Industrie et de l’Énergie, les fabricants vont devoir montrer patte blanche sur deux aspects cumulatifs :
- La certification technique : Les modèles doivent posséder un label de qualité reconnu (Heat Pump KEYMARK, NF PAC, Eurovent LCP-HP ou certification équivalente délivrée par un organisme établi dans l’Espace économique européen).
- Le critère géographique (le verrou européen) : Pour les équipements monoblocs, l’assemblage final du circuit frigorifique doit impérativement avoir lieu dans l’Espace Économique Européen (EEE). Pour les modèles split (en deux blocs), l’assemblage d’au moins un des sous-ensembles essentiels (unité intérieure ou extérieure) doit être réalisé en Europe.
Ce que cela change : Les équipements entièrement sourcés et assemblés hors d’Europe, qui inondaient une partie du marché à bas coût, se verront de facto privés du levier des CEE en France, perdant ainsi leur compétitivité financière auprès des acquéreurs.
L’ADEME en première ligne pour traquer la fraude
C’est à l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qu’incombe la lourde tâche d’instruire les dossiers via une nouvelle plateforme nationale. Le calendrier est minuté : les dossiers seront relevés le 15 de chaque mois. L’ADEME aura un mois pour rendre son avis motivé, et le silence des ministres sous deux mois vaudra décision de refus d’agrément.
Pour assurer le respect de ces règles, l’arrêté prévoit des garde-fous stricts :
- Obligation de fournir les rapports d’audits des usines de fabrication.
- Traçabilité par numéro de série pour les fabricants qui assemblent le même modèle à la fois en Europe et hors de l’Europe.
- Possibilité pour l’ADEME de mener des audits physiques sur site et de réclamer des pièces complémentaires pendant deux ans.
- Publication d’une page internet dédiée listant les modèles agréés avec leur numéro unique.
Un agrément transitoire pour les fabricants
Conscient que relocaliser des lignes de production requiert du temps, le législateur a prévu un « agrément transitoire » d’un an (renouvelable une fois).
Les fabricants en cours de relocalisation pourront en bénéficier s’ils présentent un plan d’investissement industriel concret (création ou extension de site, commandes de machines) prouvant qu’ils seront conformes d’ici deux ans maximum.
Mais attention, quoi qu’il arrive, le texte précise que tout agrément transitoire sera invalide à compter du 31 décembre 2028.
Un triple objectif
Avec cette réforme à forte connotation économique, l’État fait d’une pierre trois coups :
- Qualité : Réduire les malfaçons et les pannes sur des équipements massivement subventionnés par l’argent public.
- Résilience : Sécuriser les chaînes d’approvisionnement face aux tensions géopolitiques mondiales.
- Impact environnemental : Diminuer l’empreinte écologique associée au cycle de vie de ces appareils.
Entrée en vigueur
Le décret et l’arrêté entrent en vigueur dès demain, dimanche 31 mai 2026. Pour les industriels du secteur, la course à la conformité et à la relocalisation européenne est officiellement lancée.
Références :
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