Forêt et filière bois : une étude clé de la DG Trésor (2026)

La Direction Générale du Trésor vient de publier une étude approfondie consacrée aux rôles majeurs et aux défis stratégiques de la forêt et de la filière bois en France. Intitulé « La forêt et la filière bois : des piliers de la transition écologique et de la résilience économique », ce document dresse un état des lieux complet des services écosystémiques rendus par nos massifs, tout en formulant des pistes pour concilier préservation environnementale, souveraineté économique et objectifs climatiques.

Un rôle environnemental et socio-économique crucial mais sous-estimé

Si le secteur « forêt-bois-papier-ameublement » ne représente que 0,6 % du PIB français (soit environ 16,5 milliards d’euros en 2023), sa valeur économique globale va bien au-delà de cette contribution marchande. La forêt française couvre 17,6 millions d’hectares, soit un tiers du territoire métropolitain, et sa surface progresse continûment (+9 % entre 2010 et 2024).

Au-delà de la fourniture de matériaux et de biomasse, les écosystèmes forestiers fournissent des services écosystémiques et environnementaux indispensables :

  • Régulation climatique et écologique : Préservation de la biodiversité, filtration de la qualité de l’eau et de l’air, protection contre les risques naturels (inondations, érosion, avalanches). La valeur socio-économique de la seule régulation des crues est estimée à 1,2 milliard d’euros par an.
  • Atténuation du changement climatique : Le stockage net du carbone par la biomasse et les sols forestiers représente un service évalué à 2,7 milliards d’euros par an.
  • Cadre de vie et tourisme : La valeur des activités récréatives associées aux forêts est estimée entre 3,5 et 45 milliards d’euros par an selon les méthodes de calcul.

Une filière fragilisée par trois défis majeurs

Cette étude met en évidence trois fragilités structurelles et environnementales qui menacent l’avenir du secteur :

  • La dégradation accélérée de la santé des massifs : sous l’impact du changement climatique (sécheresses, attaques d’insectes comme le scolyte, incendies), la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans. Sur la période 2021-2024, 8 % des arbres de la forêt française présentaient des signes d’altération. De plus, les surfaces brûlées ont augmenté de 51 % entre 2022 et 2025 par rapport à 2018-2021, provoquant un affaiblissement préoccupant du puits de carbone forestier depuis 2005.
  • Le morcellement de la forêt privée : si 25 % des surfaces forestières sont publiques (gérées principalement par l’ONF), 75 % appartiennent à des propriétaires privés. Deux tiers de ces propriétaires possèdent moins d’un hectare. Cette morcellement freine la gestion durable (qui ne couvre que 27 % des surfaces privées) et entrave la rentabilité des investissements sylvicoles.
  • Un déficit commercial important pour la transformation : bien que dotée d’une ressource forestière abondante, la France accuse un déficit commercial de 7,2 milliards d’euros en 2025 pour les produits en bois. La France exporte majoritairement du bois brut (excédent de 254 M€) mais importe massivement des produits transformés à haute valeur ajoutée (meubles, papiers, cartons, bois de construction), révélant un déficit de compétitivité industrielle face à des pays comme l’Allemagne, la Finlande ou la Suède.

Orientations et politiques publiques à l’horizon 2030-2050

Face à ce constat, la note de la DG Trésor rappelle les leviers d’action publique mobilisés pour concilier transition écologique et développement industriel :

  • Renouvellement et adaptation des peuplements : Entre 2021 et 2025, 410 millions d’euros d’aides publiques ont permis de renouveler environ 90 000 hectares. Des dispositifs d’incitation fiscale (DEFI-Forêt, exonérations IFI/DMTG) encouragent l’investissement privé sous condition de gestion durable.
  • Hiérarchisation des usages (SNBC 3 et PPE 3) : La Stratégie nationale bas-carbone vise une hausse ciblée de la récolte de bois afin de substituer les matériaux fossiles. La PPE 3 privilégie la priorité aux usages matériaux à longue durée de vie.
  • Soutien à la construction bois et à l’industrie : La réglementation RE2020 favorise l’intégration de matériaux biosourcés stockant du carbone dans le bâtiment. En parallèle, l’appel à projets Industrialisation performante des produits en bois (IPPB) a mobilisé 125 millions d’euros pour moderniser l’outil de transformation national.

Références :

  • Auteurs : Félix Bastit, Alice Grémillet, Etienne Pasteau
  • Publication : Ministère de l’Economie et des Finances, 03 septembre 2026.
  • Lien de téléchargement du PDF : Trésor-Eco, n° 399, Septembre 2026.