Apiculteurs : lancement du plan national contre le frelon asiatique

Par un arrêté publié au Journal officiel du 16 septembre 2026, la France officialise son nouveau Plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax). Porté conjointement par les ministères en charge de l’Environnement et de l’Agriculture, ce texte marque un tournant majeur pour la filière apicole : face à l’impossibilité d’éradiquer l’espèce sur l’ensemble du territoire, l’État fait le choix d’une gestion pragmatique, graduée et territorialisée.

1. Un constat chiffré qui objective la pression sur les ruchers

Le plan national rappelle la réalité à laquelle les apiculteurs font face chaque saison :

  • Un impact lourd sur les colonies : Un seul nid consomme en moyenne plus de 11 kg d’insectes entre mars et octobre, dont près de 38 % d’abeilles domestiques (Apis mellifera).
  • Des pertes économiques majeures : Le stress chronique engendré par la pression de prédation paralyse l’activité des ruches et entraîne des pertes de cheptel estimées entre 30 % et 50 % dans les zones touchées, pour un coût de renouvellement pour la filière évalué à 12 millions d’euros par an à l’échelle nationale.

2. Fin de l’éradication globale, place à la gestion par « gradient de pression »

C’est la grande nouveauté de ce plan : la lutte n’est plus menée de la même manière sur l’ensemble du territoire. Les départements sont désormais classés selon par niveaux de densité (de nulle/très faible à forte) grâce aux signalements centralisés sur la plateforme de l’INPN.

Cette modulation géographique redéfinit les priorités d’action :

  • En zone de forte densité : La destruction systématique de tous les nids n’est plus préconisée (faute de moyens et d’efficacité à grande échelle), sauf s’ils présentent un danger direct pour le public ou se situent à proximité immédiate des ruchers. L’effort se concentre sur le piégeage de printemps et la protection active des colonies.
  • En zone de faible densité ou de reconquête : L’accent est mis en priorité sur la recherche et la destruction rapide des nids pour empêcher l’ancrage et l’expansion de l’espèce.

3. Des méthodes de terrain strictement encadrées

Les fiches techniques annexées au texte – élaborées avec l’Association française sanitaire et environnementale (AFSE) – encadrent désormais très précisément les interventions pour gagner en efficacité et préserver la biodiversité :

  • Un piégeage sélectif : Le plan recommande l’utilisation exclusive de pièges à sélection physique (équipés de cônes d’entrée, type pièges japonais, coréens à ailes ou nasses à grilles Néoppi jaunes). Les pièges de type bouteille ou cloche sont écartés en raison de leur manque de sélectivité pour la faune utile.
  • La protection physique des ruches : L’usage combiné de muselières d’entrée, de modifications physiques des planchers et de harpes électriques est encouragé pour sécuriser les abords des colonies en période de forte prédation.
  • Le calendrier des destructions : Le texte rappelle que la destruction des nids après le 15 novembre est inutile et écologiquement préjudiciable, les fondatrices ayant déserté les lieux. De plus, l’usage de paintballs pour détruire les nids est proscrit (sauf situations exceptionnelles) pour éviter la dispersion de biocides dans l’environnement.

4. Recherche et perspectives pour la filière

Le plan prévoit également un volet de recherche appliquée très attendu par le secteur apicole :

  • L’évaluation de méthodes de lutte alternatives et plus respectueuses de l’environnement.
  • L’exploration de l’utilisation du dioxyde de soufre (SO_2) en vue d’une potentielle Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les professionnels de la destruction.
  • Une meilleure quantification des dégâts pour documenter l’impact économique auprès des pouvoirs publics.

5. La déclinaison locale et le rôle des acteurs de terrain

Dans les six mois suivant l’adoption du texte, chaque préfet doit décliner ce plan national en un plan départemental de lutte, en concertation étroite avec les organismes à vocation sanitaire (OVS), les collectivités et les représentants de la filière apicole.

Pour les professionnels et les bénévoles, l’implication repose sur le signalement systématique des nids sur l’INPN afin d’alimenter la cartographie opérationnelle, ainsi que sur l’adoption rigoureuse de pratiques de piégeage sélectif au printemps pour atténuer la pression sur les colonies.


Référence : Arrêté du 9 septembre 2026 [J.O. du 16].