Brasseries artisanales : la crise et les réponses du Gouvernement

La filière brassicole française, qui compte plus de 2 500 brasseries ancrées au cœur des régions et se compose à 96 % de TPE et PME, traverse une tempête d’une violence inédite. Symbole d’une économie de proximité et vecteur de plus de 130 000 emplois, le secteur subit une vague de fermetures inquiétante. Le Gouvernement tente de riposter.

En 2025, les chiffres officiels du Gouvernement confirment l’ampleur de la crise : 209 brasseries ont cessé leur activité, soit près de 4 faillites chaque semaine.

Un étau économique dévastateur

Cette crise profonde est le fruit d’une conjonction de facteurs défavorables :

  • Une consommation au plus bas historique : La consommation française stagne à 33 litres par habitant et par an, soit le niveau le plus faible de toute l’Union européenne, plombée par une baisse des consommations quotidiennes d’alcool subie entre 2021 et 2023 et un marché demeuré atone.
  • L’envolée des coûts de production : Les brasseurs ont subi de plein fouet l’augmentation des matières premières (notamment de l’orge brassicole) et une hausse spectaculaire de +32 % du prix du verre entre 2021 et 2023.
  • Le paradoxe français : La France demeure le 1er producteur européen d’orge brassicole et le 1er exportateur mondial de malt, mais ses artisans brasseurs peinent à dégager des marges face aux hausses énergétiques et à la complexité administrative.

Le plan de riposte gouvernemental : aides, énergie et simplification

Face à ce constat tragique pour l’économie locale et les savoir-faire régionaux, le Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire a détaillé plusieurs leviers d’action et d’accompagnement :

1. Soutien financier d’urgence et fiscalité préservée

  • 19 millions d’euros de subventions publiques (État et collectivités) ont été mobilisés pour la fabrication de bière. Près de 9 aides sur 10 bénéficient directement aux TPE et PME.
  • Le taux réduit d’accises en faveur des petites brasseries indépendantes est maintenu pour préserver leur trésorerie et leur compétitivité.

2. Visibilité sur les coûts de l’énergie dès 2027

Pour faire face à la fin du dispositif ARENH en 2026 et prémunir les ateliers de fabrication des flambées des prix de l’électricité :

  • La mesure n° 22 du Plan d’électrification prévoit la mise en vente dès 2027 de nouveaux contrats d’électricité de long terme (8 à 10 ans) adossés à l’électricité renouvelable soutenue par l’État, garantissant un volume cible d’1 GW dans les années à venir.

3. Réemploi et transition écologique : l’initiative ReUse

Pour alléger le coût des emballages en verre, l’État accélère sur le réemploi et la consigne :

  • Généralisation nationale en 2027 : Déployée actuellement dans 4 régions, l’expérimentation ReUse mutualise les emballages réemployables (format 75 cl en cours, 33 cl prochainement). Elle sera généralisée sur tout le territoire national dès 2027 (décision du Conseil de planification écologique).
  • 80 millions d’euros d’investissements en 2027 : Ces fonds issus des éco-organismes permettront aux brasseurs d’adapter leurs chaînes industrielles d’embouteillage.

Les brasseurs s’affichent déjà en pionniers avec un taux de réemploi de 8,7 % (2e filière la plus contributrice en France) et une forte dynamique des canettes recyclables (25 % des ventes en grande distribution).

4. Le relais de croissance : la bière sans alcool et l’innovation

Le Gouvernement salue la mutation des habitudes de consommation et l’adaptabilité de la filière :

  • La bière sans alcool affiche une croissance annuelle de +11,5 %. 40 % des brasseurs en produisent déjà et 30 % développent un projet.
  • France 2030 (2,3 Mds € engagés pour l’agroalimentaire) soutient la modernisation des équipements via des programmes comme « Résiliences et Capacités Agroalimentaires », « Première Usine » (99 projets financés), « ETIncelles » (197 PME accompagnées sur les freins administratifs) et « Territoires d’Industrie » (52 M€ en 2025).

Conclusion

La réponse du ministre atteste de la prise en compte de l’urgence par les pouvoirs publics, au travers d’un plan mêlant soutien budgétaire direct, sécurisation de la fourniture énergétique et accompagnement de la transition écologique. Cependant, face à la perte continue de 3 à 4 brasseries chaque semaine, la rapidité du déploiement opérationnel de ces aides et de la simplification administrative s’avérera décisive pour la survie du tissu brassicole artisanal français.


Référence : J.O. Assemblée Nationale du 1er septembre 2026, question écrite n° 14421.