Publié le 10 juin 2026 au Journal officiel, un nouveau décret inscrit officiellement le silure glane sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques dans les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne. Objectif de l’État : freiner l’impact dévastateur de ce géant des rivières sur les espèces migratrices menacées.
C’est une petite révolution dans le monde de la pêche en eau douce et de la protection de l’environnement. Attendu par de nombreux acteurs locaux, le décret n° 2026-464 du 8 juin 2026 vient d’être publié ce mercredi 10 juin. Il modifie le code de l’environnement pour s’attaquer de front à la prolifération du silure glane (Silurus glanis), ce prédateur géant originaire d’Europe de l’Est et d’Asie centrale, qui a colonisé la quasi-totalité des fleuves et rivières de l’Hexagone.
Pour l’instant, cette mesure cible deux grands territoires particulièrement touchés : les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne.
Les poissons migrateurs en ligne de mire
Si le silure fascine certains pêcheurs de loisir par sa taille spectaculaire – c’est le troisième plus grand poisson d’eau douce au monde, pouvant atteindre 2,85 m et 130 kg -, sa présence est devenue un casse-tête pour les biologistes. Les études scientifiques sont désormais unanimes : l’impact du silure sur les poissons migrateurs amphihalins (ceux qui naviguent entre eau douce et eau salée, comme le saumon, la truite de mer ou l’alose) est incontestable.
Le décret pointe notamment du doigt la vulnérabilité des aloses lors de leur reproduction. Ces poissons pratiquent des « bulls », des ébats de surface très bruyants qui trahissent leur position. Les silures en profitent pour mener des attaques massives, en particulier à proximité des frayères et des obstacles à la migration (barrages, écluses) où les migrateurs s’accumulent et se retrouvent piégés.
Des opérations de pêche ciblées, visant à réduire cette prédation, ont déjà fait leurs preuves dans la Garonne et la Dordogne. Le gouvernement souhaite aujourd’hui généraliser ces pratiques tout en les encadrant.
Ce qui change concrètement (et juridiquement)
En rejoignant le poisson-chat et la perche soleil au rang des espèces de poissons « susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques », le statut du silure bascule.
- Interdiction stricte d’introduction : Il est désormais formellement interdit d’introduire (ou de transférer d’un plan d’eau à un autre) un silure glane dans les zones concernées.
- De lourdes sanctions : Toute infraction à cette règle est passible d’une amende de 9.000 euros, conformément à l’article L432-10 du code de l’environnement.
- Le cas de la remise à l’eau : Le texte précise que cette interdiction d’introduction « ne s’applique pas à la remise à l’eau des poissons pêchés, lorsque celle-ci a lieu immédiatement après la capture ». Les pêcheurs de loisir adeptes du « No-Kill » sur place ne sont donc pas verbalisés s’ils relâchent le poisson immédiatement là où ils l’ont capturé, mais le transport à vif ou le repeuplement volontaire sont désormais sévèrement punis.
Ce qu’il faut retenir : Ce texte, qui entre en vigueur dès demain, 11 juin 2026, donne une base juridique claire à l’État et aux associations pour légitimer les campagnes de régulation du silure. Il s’agit d’une première étape qui pourrait, à terme, s’étendre à d’autres bassins hydrographiques si la situation l’exige.
Référence : Décret n° 2026-464 du 8 juin 2026 [J.O. du 10 juin]
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