Publié au Journal officiel de ce mardi 28 juillet 2026, le décret n° 2026-673 apporte une révision en profondeur des règles d’attribution des aides destinées aux exploitations agricoles fragilisées. Entre suppression de la condition d’ancienneté, hausse spectaculaire des seuils de salariés et abandon de ratios financiers rigides, le gouvernement assouplit considérablement le cadre du redressement agricole.
1. Fin du verrou des 3 ans : une porte ouverte aux jeunes installés
Jusqu’à présent, l’article D. 354-2-1 du code rural imposait aux chefs d’exploitation de justifier d’au moins trois années d’exercice pour prétendre aux aides au redressement (prise en charge d’audit, plan de restructuration, etc.). Cette disposition excluait de fait les jeunes agriculteurs frappés par des aléas climatiques ou économiques dès le début de leur activité.
L’article 1er du nouveau décret abroge purement et simplement cette condition. Désormais, l’aide devient accessible dès la première année d’installation, permettant une intervention plus précoce pour stopper la dégradation de la santé financière des jeunes exploitations.
2. Seuil de salariés multiplié par 5 (de 10 à 50 ETP)
L’article D. 354-3 (3°) limitait jusqu’ici le bénéfice du dispositif aux exploitations employant au maximum 10 Unités de Travail Équivalent Temps Plein (ETP) par an.
La nouvelle version remplace le mot « dix » par « cinquante ». En portant le plafond à 50 ETP, le texte intègre désormais dans le périmètre des aides :
- Les exploitations maraîchères, horticoles ou arboricoles à fort besoin en main-d’œuvre saisonnière ;
- Les Groupements d’Employeurs (GE) et grandes structures sociétaires ;
- Les PME agricoles régionales qui restaient jusqu’alors en dehors des dispositifs de soutien public malgré des crises de trésorerie avérées.
3. Suppression des ratios financiers d’endettement et de trésorerie
C’est sans doute la simplification la plus attendue sur le terrain. L’article D. 354-3-2 (2°) imposait un cumul de ratios comptables stricts (taux d’endettement supérieur ou égal à 70 %, niveau de trésorerie inférieur ou égal à zéro, EBE sur produit brut inférieur ou égal à 25 %, revenu disponible inférieur ou égal à 1 SMIC net annuel). Ces critères rigides disqualifiaient parfois des exploitations traversant un trou d’air temporaire mais disposant d’un fort potentiel de restructuration.
Le décret abroge entièrement ce volet comptable. L’analyse s’affranchit des grilles mécaniques pour se concentrer sur l’essentiel : la réalisation d’un audit de moins de 12 mois démontrant une perspective réelle de retour à la viabilité via un plan de restructuration engagé.
4. Clarification pour les exploitations en procédure judiciaire
L’article D. 354-10 est réécrit pour lever toute ambiguïté juridique quant à la compatibilité des aides financières publiques avec les procédures de traitement des difficultés.
Le texte confirme expressément que les aides peuvent être accordées en dépit du fait que l’exploitation se trouve en :
- Procédure de règlement amiable (Art. L. 351-1 du code rural) ;
- Procédure de sauvegarde (Art. L. 620-1 du code de commerce) ;
- Procédure de redressement judiciaire (Art. L. 631-1 du code de commerce).
Cette précision sécurise les démarches menées par les mandataires et administrateurs judiciaires pour pérenniser l’activité.
5. Entrée en vigueur
En application des dispositions générales, le décret entre en vigueur le lendemain de sa publication au Journal officiel, soit dès le mercredi 29 juillet 2026. Les dossiers d’aides déposés auprès des préfectures et examinés en CDOA (Commission Départementale d’Orientation de l’Agriculture) bénéficieront immédiatement de ces règles assouplies.
Référence : Décret n° 2026-673 du 27 juillet 2026 [J.O. du 28].
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