Le système de soins français franchit une étape décisive dans la restructuration du parcours de santé. Publiés au Journal officiel ce samedi 27 juin 2026, deux arrêtés datés du 26 redéfinissent en profondeur le métier d’infirmier diplômé d’État (IDE).
En abrogeant les cadres obsolètes (notamment les textes de 2012 sur les dispositifs médicaux et de 2023 sur la vaccination), cette réforme majeure accorde aux infirmier(e)s une autonomie clinique sans précédent, élargit massivement leurs droits de prescription et clarifie les règles de délégation de tâches. L’entrée en vigueur de l’ensemble de ces dispositions est fixée au plus tard au 30 juin 2026.
1. Consécration de l’autonomie : la consultation infirmière
L’une des innovations phares réside dans l’autorisation pour l’infirmier(e) de conduire des consultations infirmières en pleine autonomie.
- Lieux d’exercice : Ces consultations peuvent se dérouler en établissement de santé, en structure médico-sociale, en cabinet libéral, au domicile du patient ou dans toute structure de soins autorisée.
- Pratique libérale : Le périmètre et les conditions de remboursement de ces consultations seront fixés par la convention nationale de la sécurité sociale.
- Traçabilité : Chaque consultation doit faire l’objet d’un rapport obligatoire dans le dossier du patient.
2. Un droit de prescription et de renouvellement considérablement élargi
Le droit de prescription des IDE est désormais structuré autour de domaines clés de la santé publique, visant à simplifier le parcours du patient :
- Vaccination : Prescription et administration autonomes de l’ensemble des vaccins du calendrier en vigueur pour les personnes de 11 ans et plus (hors vaccins vivants atténués chez les immunodéprimés). Les vaccins contre la grippe saisonnière (dès 11 ans) et la Covid-19 (dès 5 ans) sont également inclus, que les personnes soient ciblées ou non par les recommandations.
- Santé sexuelle et reproductive : Renouvellement des contraceptifs oraux (prescriptions de moins d’un an) pour une durée maximale de 6 mois. Prescription de préservatifs, de contraceptifs d’urgence, de tests de dépistage des IST (VIH, hépatites, syphilis, chlamydia, gonocoque) et de dosages bêta-HCG pour la confirmation de grossesse.
- Sevrage tabagique : Prescription de substituts nicotiniques et de bilans sanguins associés (cholestérol, triglycérides, glycémie à jeun).
- Gestion de la douleur : Prescription d’antalgiques de palier I (et antipyrétiques) et possibilité d’adapter la posologie des traitements de la douleur initialement prescrits par un médecin.
- Examens biologiques standards : Prescription autonome d’ECBU (avec antibiogramme), de NFS/plaquettes/ionogramme face à des symptômes évocateurs, ainsi que le suivi biologique du diabète (HbA1c, créatininémie si non prescrits depuis 3 mois) et le renouvellement des dosages de l’INR pour les traitements sous AVK.
3. Prise en charge des plaies et matériel médical
Les compétences de l’infirmier en matière de plaies et de dispositifs médicaux sont réunies sous un cadre modernisé :
- Soins et évaluation des plaies : Prise en charge autonome des plaies chroniques et aiguës simples (avec certaines exclusions comme le pied diabétique ou les brûlures sur enfants de moins de 3 ans). L’acte inclut la détersion mécanique, l’évaluation vasculaire (palpation des pouls, mesure de l’index de pression systolique) et la pose de dispositifs de compression veineuse.
- Prescription de matériel (7 jours initiaux) : Pansements (hydrocolloïdes, interfaces, silicones), compresses, articles de contention, sprays protecteurs cutanés, anesthésiques locaux (hors injectables), et antiseptiques à large spectre (limités aux 5 premiers jours sur brûlure ou plaie traumatique).
- Dispositifs médicaux généraux : Prescription et renouvellement de béquilles, cannes, soulève-malades, matériel pour l’incontinence (sondes vésicales pour autosondage, étuis péniens), matériel de perfusion à domicile, sondes naso-gastriques et renouvellement à l’identique du matériel de surveillance glycémique (capteurs et lecteurs de glucose interstitiel).
4. Actes sur prescription médicale et haute technicité
L’arrêté maintient une hiérarchie stricte pour les soins nécessitant une impulsion médicale, tout en autorisant une haute technicité infirmière :
- Sur prescription : Prélèvements sanguins (veineux, capillaires, artériels pour gazométrie), pose de cathéters courts périphériques (éventuellement sous échographie), mise en œuvre de Traitements par Pression Négative (TPN) pour les plaies, suivi des pompes à insuline, gestion des protocoles de sédation profonde et continue, et soins d’urgence en transports paramédicalisés (SMUR, sapeurs-pompiers).
- Sous condition de présence médicale immédiate (Article 5) : Injections de produits d’origine humaine (avec contrôle obligatoire de compatibilité), injections analgésiques dans des cathéters périduraux ou intrathécaux (après la première injection médicale), retrait de cathéters centraux, ou application d’un garrot pneumatique chirurgical.
- Coopération pluridisciplinaire de pointe (Article 6) : Participation active aux côtés du médecin à des procédures complexes telles que les transplantations d’organes, le contrôle en télésurveillance des dispositifs rythmologiques implantables, les réglages de stimulation cérébrale profonde, ou l’électroconvulsivothérapie en psychiatrie.
5. Encadrement strict des délégations de tâches
Pour faire face à la charge de travail, l’infirmier(e) peut confier, sous sa responsabilité, certains soins de son rôle propre à des collaborateurs diplômés d’État :
Pour les Aides-Soignants (AS), Auxiliaires de Puériculture (AP) et Accompagnants Éducatifs et Sociaux (AES) :
- Aide à la toilette, à l’hygiène, à l’habillage, à l’alimentation et à l’hydratation.
- Recueil des paramètres observables non-invasifs (poids, taille, température).
- Vérification de la prise des médicaments sous forme non injectable.
- Pose de bas de contention et prévention du risque d’escarres.
Compétences techniques exclusives additionnelles pour les AS et AP :
- Recueil de sang capillaire pour l’examen glycémique (dextro) et recueil aseptique d’urines en urgence (hors sonde).
- Aspirations endotrachéales sur orifice de trachéotomie cicatrisé et pose/changement de masque de ventilation non-invasive (VNI) en situation chronique.
- Instillation de collyres et lavages oculaires.
- Surveillance clinique des fonctions vitales et des personnes sous assistance nutritive, sous dialyse, ou placées en milieu stérile/chambre d’isolement, avec repérage des anomalies sur les cathéters ou perfusions.
6. Traçabilité, encadrement et formation
Afin de sécuriser cette extension de compétences, l’État impose des garde-fous stricts :
- Inscription aux dossiers : Toute prescription, renouvellement ou consultation doit être consigné par l’infirmier dans le dossier du patient ou dans le Dossier Médical Partagé (DMP). Pour les contraceptifs oraux, l’ordonnance initiale doit porter la mention manuscrite « Renouvellement infirmier », l’identifiant de l’IDE, la durée et la date.
- Contrôle du pharmacien : Le pharmacien d’officine doit obligatoirement pouvoir consulter l’ordonnance médicale initiale pour valider tout renouvellement infirmier à l’identique.
- Obligation de formation vaccinale : L’IDE doit déclarer son activité de prescription de vaccins auprès de l’Ordre des infirmiers. Si la compétence n’a pas été acquise durant la formation initiale, une attestation de formation spécifique est requise. L’infirmier en est toutefois dispensé s’il se limite exclusivement aux vaccins contre la grippe saisonnière et la Covid-19.
Ce nouveau cadre réglementaire consacre une reconnaissance institutionnelle sans précédent du rôle de l’infirmier diplômé d’État, propulsé au rang d’acteur de premier recours. En officialisant la consultation autonome et en élargissant massivement les droits de prescription, ces décrets transforment en profondeur l’identité de la profession, qui gagne en indépendance et en responsabilités. Alors que le texte entre en vigueur dès ce 30 juin 2026, c’est toute une profession qui s’apprête à redessiner ses pratiques quotidiennes, posant ainsi la première pierre d’une médecine de proximité profondément modernisée.
Références :
- Prescriptions : Arrêté du 26 juin 2026 [J.O. du 27]
- Actes et Soins : Arrêté du 26 juin 2026 [J.O. du 27].
ANNEXE I
CONDITIONS ET MODALITÉS RELATIVES À LA PRESCRIPTION DE VACCINS PAR L’INFIRMIER DIPLÔMÉ D’ÉTAT
L’infirmier déclare l’activité de prescription de vaccins, par tout moyen donnant date certaine à la réception de la déclaration, auprès de l’autorité compétente du conseil de l’ordre des infirmiers au tableau duquel il est inscrit.La déclaration mentionne les nom et prénom d’exercice et le numéro d’identification de l’infirmier au répertoire sectoriel de référence des personnes physiques mentionné à l’article L. 1470-4.
Lorsque l’infirmier n’a pas suivi d’enseignement relatif à la prescription de vaccins dans le cadre de sa formation initiale, la déclaration est accompagnée d’une attestation de formation délivrée par un organisme ou une structure de formation respectant les objectifs pédagogiques fixés par arrêté du ministre chargé de la santé, permettant de connaître notamment les caractéristiques des maladies à prévention vaccinale, la traçabilité des vaccinations et les principales recommandations du calendrier vaccinal.
L’infirmier est dispensé du suivi de la formation mentionnée à l’alinéa précédent lorsqu’il prescrit uniquement les vaccins contre la grippe saisonnière ou la covid-19.
L’activité de prescription de vaccins peut commencer dès la réception de la déclaration mentionnée au deuxième alinéa.
ANNEXE II
CONDITIONS ET MODALITÉS RELATIVES AU RENOUVELLEMENT DE MÉDICAMENTS CONTRACEPTIFS ORAUX PAR L’INFIRMIER DIPLÔMÉ D’ÉTAT
Lorsque l’infirmier procède au renouvellement d’une prescription de médicaments contraceptifs oraux, il inscrit sur l’original de l’ordonnance médicale les indications suivantes :1° Son nom, son prénom et le numéro obtenu lors de l’enregistrement prévu à l’article L. 4311-15 ;
2° La mention « Renouvellement infirmier » ;
3° La durée de ce renouvellement, exprimée en mois et qui ne peut excéder six mois ;
4° La date à laquelle ce renouvellement est effectué.
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