C’est un serpent de mer du débat budgétaire français qui refait à nouveau surface au Palais-Bourbon à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Un amendement déposé par le groupe La France Insoumise (LFI) entend corriger ce que ses auteurs qualifient d’« avantage fiscal indécent » : l’abattement pour frais professionnels prévu par l’article 81 du CGI au profit des journalistes, rédacteurs, photographes et critiques.
Une déduction forfaitaire jugée régressive
En vertu du régime actuel, ces professionnels bénéficient d’un abattement forfaitaire de 7.650 € sur leur revenu imposable, sous réserve que leur revenu brut annuel ne dépasse pas 93.510 €. Un dispositif censé, à l’origine, couvrir les frais inhérents à l’exercice de leur profession sans justificatif.
Mais pour les députés de LFI, la mécanique de l’impôt sur le revenu rend ce système profondément inégalitaire. L’abattement réduisant l’assiette imposable, son gain effectif dépend directement du taux marginal d’imposition du contribuable :
- Un journaliste précaire ou en début de carrière, imposé dans la tranche à 11 %, réalise une économie d’impôt d’au maximum 841,50 €.
- Un journaliste à haut revenu (proche du plafond de 93 510 € brut) situé dans la tranche à 41 % économise jusqu’à 3 136,50 € d’impôt par an.
Selon la gauche insoumise, ce mécanisme coûte environ 50 millions d’euros par an aux finances publiques et bénéficie de manière disproportionnée aux salaires les plus élevés du secteur, en contradiction avec le principe de progressivité de l’impôt.
Protecteur pour la pige, dissuasif pour les plus aisés
Plutôt que d’emboîter le pas aux propositions de suppression pure et simple régulièrement avancées chaque année ou presque, l’amendement insoumis privilégie selon ses auteurs une voie de compromis : introduire un verrou à 850 € de réduction d’impôt effective par an.
Ce ciblage permettrait de préserver le pouvoir d’achat des journalistes rémunérés à la pige, souvent confrontés à la précarité du secteur, tout en remettant à contribution les cadres supérieurs des rédactions et les éditorialistes vedettes.
Le texte a été adopté en séance publique le 15 octobre dernier. Il va désormais pouvoir poursuivre son cheminement parlementaire, mais sa concrétisation finale dépendra bien évidemment des arbitrages de fin de gestion budgétaire.
Référence : PLF 2027, amendement LFI n° I-1045.
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